Tout mur est une porte. Emerson
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mercredi 20 mars 2013

Un correcteur peut cacher un charcutier !

Il est une chose qui est le propre de la presse. D’abord le sujet d’un article est toujours une commande de la rédaction, le nombre de mots est fixé d’avance et le journaliste évolue entre ces deux balises. Ensuite, le papier doit passer par le service de correction avant d’être publié. Et parfois, c’est là où le bât blesse !
L’article de presse, qui est souvent écrit dans l’urgence, a besoin de passer entre les mains expertes et les yeux de lynx d’un correcteur pour bénéficier des derniers soins avant d’être livré à la lecture. Comme un homme après s’être vêtu et avant de quitter la maison a besoin de l’inspection d’un miroir ou d’un regard ami pour ajuster la cravate, ôter un cheveu sur l’épaule ou l’aider à boutonner ses manchettes. Le correcteur se charge donc de lustrer le texte en lui ôtant une coquille, en redressant une formulation boiteuse, en ajoutant une virgule pour mieux faire sens. Bref, il donne de l’allure à un papier. Malheureusement le correcteur peut être un boucher. Un Jacques l’éventreur ! Au lieu d’améliorer le texte, il le massacre à la tronçonneuse, le charcute en lui ôtant toute intelligence, le déshabille de toutes ses tournures coquettes qui lui donnent un style, un rythme et de la tenue. Il le tue carrément en le rendant incompréhensible, en en réduisant en un misérable tas de mots qui ne veulent plus rien dire. Une dépouille qui ne communique plus rien. Dans ce cas-là, quoique le rédacteur de l’article sache qu’il n’est pas le seul auteur de son texte car comme le dit le philosophe André Gorz : «Le journalisme est cette pensée sans sujet», ce rédacteur-là a des envies de meurtre devant le corps mort de son texte. Dans ce texte de deux pages, de cinq mille signes, il y avait mis sa pensée, sa culture, ses mots les plus aimés, sa façon de rendre particulier son rapport à la tribu des mots et de tout ça, il ne reste plus rien. Rien que ce tombeau de mots sauvagement mutilés par un ersatz de correcteur. S’il pouvait saisir au gosier ce charcutier de malheur, le soulever de terre et le pendre haut et court à un croc de boucher, peut-être que sa colère s’en irait se balancer à côté de l’hurluberlu. Mais il ne peut que serrer ses poings, impuissant car il ne peut mettre un nom ou un visage sur l’assassin de sa prose! Il faudrait bien que les rédactions songent à réserver le goudron et les plumes pour des correcteurs de cet acabit ! Chaque journaliste victime d’un tel vandalisme rêve d’un correcteur se balançant au bout d’une corde. Au défaut de pouvoir le suspendre au gibet pour de vrai…Fi !

vendredi 2 décembre 2011

Piéton à Ouaga : le calvaire

Dans la capitale Burkinabé, il ne fait pas bon d’être un piéton. L’aménagement urbain ne tient pas compte de lui, les usagers de la route en font un ennemi public, un homme à abattre. Il est par conséquent dangereux d’en être. Ici le piéton est une espèce menacée.

L’aménagement urbain exclut le piéton

C’est un calvaire pour le piéton de faire un kilomètre dans la ville de Ouaga. D’abord l’aménagement urbain n’a prévu aucun espace pour lui. Quand de rares fois, il lui est réservé un espace comme la zone piétonne autour de Rood- woko, les voitures et les cyclistes contestent la règle et obligent l’autorité à y déroger. La plupart des rues sont sans trottoir, l’obligeant à partager la bande cyclable avec les deux-roues. Et cela à ses risques et périls car le cycliste Ouagalais lui voue une haine nauséeuse. Dès qu’il pose la semelle sur le bitume un concert klaxons furieux le glace d’horreur. Même s’il traverse une rue en empruntant les rares passages cloutés qui lui sont réservés, il doit être vigilant comme un CDR, pour ne pas se faire écraser! A Ouagadougou, aucun cycliste ou chauffeur ne ralentira pour le laisser traverser. Pour éviter d’être écrasé, il devra prendre ses jambes au cou, slalomer entre les roues, la bordée d’injures et les klaxons pour atteindre l’autre côté de la rue. Comme s’il ne traversait pas une rue mais une mare aux alligators !

L’aristocratie de la monture

Confronté au mépris des autres usagers de la circulation, le piéton prend rapidement conscience de la hiérarchie de classe qui tient de la qualité de la monture. Au sommet de l’échelle sociale trône le conducteur de gros camions. Il est très craint mais point aimé. Suivent par paliers, les conducteurs des 4x4, ceux qui roulent de petites voitures et des grosses cylindrées. Au dernier barreau de l’échelle, se trouvent les cyclistes. Ils sont méprisés par les citadins qui les considèrent comme des paysans ne connaissant rien au trafic urbain. Enfin, au plus bas de l’échelle, au même rang que les ânes, les moutons et les chiens perdus, on trouve le piéton. Beaucoup de Ouagalais pensent que cet étrange bipède mériterait de rejoindre les animaux en divagation à la fourrière. Sans rire !

Un piéton est de facto un prolo

Il est des citadins incapables d’admettre que l’on puisse trouver du plaisir à battre le pavé. Marcher est perçu comme une dégénérescence sociale. C’est pourquoi, dès qu’un homme marche sur le bas-côté de la voie, ceux qui le reconnaissent se rangent à sa hauteur pour s’enquérir du problème qui l’a réduit à cet état. Panne ? Qu’il réponde que marcher est un plaisir et on doutera de sa santé mentale. Amadou l’a appris à ses dépens. Son médecin lui ayant conseillé de faire de la marche pour perdre du poids et fortifier son cœur, il s’y était mis. Mais, à chaque pas, il était arrêté par une bonne âme qui se proposait de lui porter secours. D’autres, plus perfides, appelaient sa femme au téléphone pour lui demander ce qui était arrivé à son époux. Pour mettre fin à ces harcèlements, il s’est résolu à s’inscrire dans une salle de gym et à marcher tranquillement sur un tapis roulant.

Le tacot ou la mort !

Marcher ici est vraiment un enfer. Ouaga est un pandémonium pour le piéton. C’est pourquoi tout ouagalais qui arrive à rassembler trois fois cent mille francs s’achète un tacot fumant comme un volcan, toussotant comme un tuberculeux et brinquebalant. Assis au volant de son cercueil roulant, se rappelant son calvaire d’antan, le chauffard se venge des piétons en jouant du klaxon et en les traitant de tous les noms d’oiseaux dont on l’affublait. On raconte dans les gargotes qu’un riche transporteur, ayant un grand parc d’autos allait rendre visite à un voisin de quartier et se fait éclaboussé par une vieille guimbarde. Il hurle après le chauffeur qui fait marche arrière et s’arrête à son niveau. L’homme s’attend à ce que le zigoto lui présente des excuses. Et le chauffeur, calmement lui dit qu’il a vraiment raison de s’énerver. « Moi-même, j’ai été victime d’éclaboussures sur mes vêtements. Comme toi, je me suis énervé, et c’est pourquoi j’ai acheté un véhicule pour éviter ces désagréments. Fais comme moi, achète-toi un véhicule » assène-t-il avant de disparaître dans la circulation, son tacot se dandinant comme une cane éclopée. Renversant, non ?

Et le piéton cataclysme ?

S’il est vrai que le piéton est malmené, il y en a qui sont vraiment indéfendables et même Vergès ne s’y risquerait pas. Parfois, on voit de jeunes filles se traînasser comme des limaces sur la voie tels des mannequins de Dior sur un T, sans parler de certains quartiers de Ouaga où des piétons s’arrêtent au milieu de la rue pour papoter, se prenant pour des ronds-points que voitures et motos doivent contourner ! Et le plus dangereux d’entre tous, c’est le piéton indécis : pour traverser la rue, il zieute à gauche et à droite, prend son élan, et hop ! le voilà qui se lance ainsi qu’une fusée et subitement il freine des quatre fers, revient sur ses pas, pousse un ouf de miraculé, et refait un pas en avant, et encore deux en arrière. Sa valse hésitante entraine tout le monde dans un sacré cafouillage dans la ligne des voitures, et s’ensuit un carambolage, un véhicule emboutit un autre et ainsi de suite…Et debout sur ses jambes flageolantes, tremblant comme une feuille, le piéton indécis contemple son œuvre : un désastre de tôles froissées, de vitres brisées, d’hommes en fureur. A lui seul, il est une catastrophe et les chauffeurs courroucés aimeraient bien l’avoir sous leurs roues pour en faire du pâté pour chiens errants de Ouaga. Mais une hirondelle ne faisant pas le printemps, on ne va pas condamner tous les piétons simplement parce qu’il s’en trouve qui sont aussi ou moins intelligents que leurs…pieds.

Saidou Alceny Barry

vendredi 25 novembre 2011

Un jour sans presse, le pied !

Un spot publicitaire passant à la TNB nous demandait d’imaginer un jour sans presse. Nous avons joué le jeu, fermé les yeux, laissé gamberger notre imagination et franchement un tel jour, c’est le paradis ! Sans presse, sans pression, c’est le nirvana !
Imaginez que vous vous réveillez dans un monde sans journaux dans les kiosques, sans vendeurs à la criée aux feux, sans journaux télévisés, sans le scintillement de la lucarne bavarde dans votre salon et sans grésillement de la radio. Un jour sans presse ! Sans apprendre au réveil que Assad a tué une dizaine de syriens qui manifestaient paisiblement, sans lire qu’un dément a vidé son chargeur sur un bus d’écolier aux Etats-Unis, qu’un barbu s’est fait exploser avec sa bombe dans une mosquée, faisant des centaines de victimes, sans entendre que la crise financière va débarquer dans votre pays, sans avoir dans la gueule les images d’un camp de réfugiés somaliens avec de petits enfants , ventre gonflé, côtes saillantes agonisant devant les caméras, bref un matin neuf et sans tache qui ne vous fasse pas désespérer de l’humain, un matin sans atrocité qui vous retourne l’estomac et vous fiche une envie de dégueuler toute la journée, sans l’habituelle dose de pessimisme que les nouvelles du matin vous instille dans le cœur pour le restant de la journée.
Imaginez un silence radio toute la journée. Ouf, nos oreilles enfin en paix. Plus de vociférations des animateurs des radios FM qui nous raclent les tympans, finis les hurlements de bonimenteurs semblables à des cris de gorets que l’on égorge. Plus de zigotos qui déversent leur bile sut tout et rien, plus de carnet nécro, plus de communiqués peins de menaces de la Commune…en somme une journée pépère qui vous donne le sentiment que tout va bien au Faso.
Un jour sans subir la pesante présence de la télévision, c’est un pur bonheur à siroter à petits coups! Ne plus voir un journaliste baragouiner un français approximatif, truffés de fautes de langue indigne d’un élève de cours moyen lire un court texte d’une dizaine de mots avec des erreurs et dont le commentaire est démenti par les images : il parle du Faso, on y montre des images de Kuala Lumpur. Et surtout sans ses magazines de sport où une nymphette égrène un interminable chapelet de coupes de foot organisées par d’ obscurs députés, d’illustres inconnus ou des politiciens sur le déclin dans d’ obscurs patelins avec des gueux qui courent derrière le ballons comme des oies éclopées. Affligeant ! Sans être obligé de recevoir dans son salon, la présentatrice de la météo qui ronronne, minaude, se pavane sous tous les angles, les bras se tordant dans tous les sens tels des boas tout en mâchouillant des noms de villes et de pays de façon inaudible. Berk ! Et sans le 20H avec son immuable déroulé de séminaires, de symposiums, de sessions, de réunions, de rencontres qui se suivent et se ressemblent ; ne plus voir et entendre les mêmes hommes politiques, les mêmes de la société civile, les mêmes bonnets rouges, les mêmes bonnets blancs, les mêmes nu-tête. Un jour sans voir ni entendre l’omniprésent et l’omni-communicant gouvernement de LAT…. Hum ! Ceux-là, ils doivent avoir un don d’ubiquité pour être tous les jours sur le terrain et en avoir du temps de boulot pour nous sortir de la crise. A moins qu’ils utilisent des sosies pour jouer leur rôle devant les télés. Ou ont-il un studio de cinéma avec les paysages de tout le pays où ils tournent toutes les sorties de la semaine le dimanche avec des figurants et ensuite, pendant que nous les voyons sur le terrain à la télé, ils sont à carburer dans leur ministère ! C’est bien possible car la presse est une grande manipulatrice. Et sans voir la barbichette d’un opposant, sans entendre le tollé d’un syndicat. Bref, un jour sans avaler une couleuvre! Cet inventaire à la Prévert peut se poursuivre jusqu’à la fin du monde tant il semble commis par un chef de programme un peu pervers !
Et la presse écrite ! Plus de Nouvel Obs, ni d’El Pais ni de Tam-tam officiel. Aucun article pour orienter votre lecture des évènements, pour vous gauchir le jugement, vous faire voir le monde à travers des œillères. Vous allez à l’actualité, vierge et sans a priori. Quitte à ne rien piger à cet imbroglio d’évènements ! Surtout vous ferez l’économie d’articles dont la lecture vous fait d’habitude monter la moutarde au nez et vous donne des envies de meurtre, le désir de serrer le gosier de l’oiseau à plume qui a osé débiter des vérités qui ne sont pas les vôtres, donc de purs mensonges.
Mais un jour sans presse, c’est aussi un jour de liberté pour les journalistes eux-mêmes. Chaque jour, ces pauvres scribouillards sont contraints de trouver des sujets vaille que vaille. De courir le monde pour traquer l’info, la vraie, séparer le bon tuyau de l’intox, mâcher cette info pour faciliter sa digestion par un lectorat qui veut du prêt à consommer, etc. Et puis, les pauvres ! Ils ont beau faire un métier ingrat, qui ne donne ni villa à Ouaga 2000 ni 4X4 climatisée, ils se retrouver souvent face à des gens qui les traitent de tous les noms d’oiseau, d’autres qui leur tirent dessus comme s’ils étaient des canards sauvages ou qui les foutent au gnouf. C’est méchant ! Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt, il faut signaler qu’il y a de belles âmes qui nourrissent un amour vrai de la presse, qui adorent les hommes de médias quoiqu’ils haïssent un tout petit peu ce qu’ils écrivent. Comme ce ponte d’un parti politique du Faso qui « haime » tellement les journalistes qu’à la vue de la mauvaise qualité du papier journal, il leur a suggéré d’écrire sur leur dos. Et depuis, il y a des journalistes qui se sont mis au yoga et apprennent les postures de contorsionnistes pour écrire sur leur dos ; ceci pour faire plaisir à leur ami politique et à ses amis.
Donc, un jour sans presse, vous vous surprendrez à fredonner « It’s a wonderful word » d’Elvis Presley. Ce jour serait comme le retour à l’Eden, dans le jardin du paradis avant qu’Eve ne mordît dans la pomme et découvrît à l’intérieur un petit émetteur radio dont elle se mit à écouter les émissions, ce qui amena des ennuis et la fureur du jardinier barbu qui expulsa le couple d’auditeurs radio! Un jour virginal où vous pourrez vous asseoir et écouter la douce musique du… silence.
Mais d’un autre côté, si la presse se taisait un jour, le monde ayant horreur du vide, dame rumeur prendrait vite le relais et avec elle, c’est no limit. Ouaga pourrait bien se vider un beau matin de sa population à cause d’une rumeur sur l’imminence d’une éruption volcanique ou d’un tremblement de terre. Oui, tout le monde sait que la capitale n’est pas posée sur une faille tectonique mais avec la rumeur, on ne s’embarrasse pas de ses détails-là. Même si la presse fait quelques fois de petits arrangements avec la vérité, elle n’est pas une fabrique de mensonges comme dame rumeur. Par conséquent il faut mieux la prescrire que la proscrire. Alors que le Festival international de la liberté d’expression et de la presse (Filep) évite de pubs pareilles car ça pourrait donner des idées à..à…à…( autocensuré !).
Saidou Alcény Barry

mardi 9 août 2011

Le journalisme entre réalité et fiction


Le journaliste partage avec le romancier le recours à l’écriture, mais du romancier il se veut la face opposée. Le journaliste rend le monde tel qu’il est, le romancier le monde tel qu’il le rêve. Là où le romancier représente avec les artifices de l’art, le journaliste présente avec objectivité. Toutefois, à lire le discours de la presse écrite sur la tragédie zimbabwéenne et l’image qu’elle nous donne de Mugabe, on se demande si elle n’est pas devenue une fabrique de mythes et le journaliste, le nouveau romancier de notre époque.

Des journalistes qui se jouent de la réalité et fabulent en s’arrangeant avec les faits, on en trouve partout. Il y a des articles bidonnés, de fausses interviews, des témoignages fabriqués et des reportages rédigés pendant le trajet- à l’aller- et présentés comme une enquête de terrain. On se rappelle la fausse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre D’Arvor ou les enquêtes fabriquées dans une chambre d’hôtel d’un journaliste du Washington Post, qui avait obtenu le Pulitzer! Mais ces manquements sont le fait de quelques brebis galeuses et sont condamnés par la profession. Parce que le journalisme se veut un rendu objectif du monde et une explicitation de sa complexité au lecteur. D’où un discours épuré qui évite l’équivoque et un style qui, parfois, fait la concurrence au procès-verbal pour rendre fidèlement compte de l’événement au quotidien.

Mais, en ce qui concerne Mugabe, cette précaution est oubliée. Le langage des journalistes devient imagé, ils usent de métaphores en abondance. En manchette des journaux, les titres : le naufrageur, il coule le navire Zimbabwe, le tyran, le Roi Mugabe, le dinosaure…Aucune image dépréciative n’est de trop dans la rhétorique journalistique pour stigmatiser Robert Mugabe. Et l’unanimité se fait autour de cette entreprise de démolition. La presse du Sud rejoint celle du Nord dans l’arène et c’est à qui enfoncera le plus de banderilles dans les flancs de cet homme transformé en taureau de corrida. Jamais un homme n’a autant occupé les colonnes des journaux sans qu’une seule fois on ne lui donne la parole. On l’accable. Mais personne ne lui tend le micro pour qu’il s’explique. Et quelles images de l’homme nous sert-on ? Point de photos où Mugabe sourit, jamais l’objectif ne fixe la main du papy effleurant la joue d’un enfant lors des meetings ni la poignée de main franche donnée à un citoyen lambda, ni la tape amicale dans le dos d’un camarade. Cela est humain, trop humain pour Mugabe. Seuls les gros plans d’un rictus, d’un regard exorbité, d’une moustache que l’on compare insidieusement à celle d’Hitler occupent les pages des journaux. Et on fabrique un vieil homme hurlant, vociférant, l’écume au coin de la lèvre, un fou furieux très dangereux. Voici Mugabe, voici le monstre ! De Mugabe, on véhicule l’image d’un ancien combattant qui a perdu la raison et dont l’entêtement a précipité le pays dans la misère noire, les populations sur les routes de l’exil et a érigé la violence politique en mode de gestion de l’Etat.

La caricature efface à dessein la complexité du problème zimbabwéen. L’analyse de l’actualité du Zimbabwe ignore l’histoire du pays ; on s’attache au détail qui détonne en oubliant la structure qui donne un sens à ce détail. Le journaliste ne tient pas compte de l’histoire du Zimbabwe. On oublie que Mugabe a mis fin à une injustice séculaire, en réformant l’accès à la terre et en la donnant au plus grand nombre. Comme Antigone, il est condamné pour une poignée de terre ! On oublie que Mugabe est un des rares dirigeants politiques de la planète qui peut se prévaloir de sept diplômes universitaires ! Il n’est pas la vieille brute dont le seul mérite est d’avoir porté une arme pendant la guerre d’indépendance. C’est un intellectuel de haut vol comme on en rencontre rarement dans les arcanes de la politique. On oublie aussi qu’il avait fait de son pays un pays prospère, où l’espérance de vie était de 64 ans et le taux d’alphabétisation de 90%. Que la déliquescence du pays est aussi imputable au Royaume-Uni, qui a étranglé son économie en guise de rétorsion contre la réforme agraire. Il ne s’agit pas, pour le journaliste, d’exonérer Mugabe dans la tragédie zimbabwéenne. Avoir été un combattant de l’indépendance ne donne pas un droit imprescriptible à l’adulation. Autant la redistribution des terres ne devrait pas susciter la détestation. Si le Zimbabwe coule tel le Titanic, c'est la faute au capitaine Mugabe. Et à l’iceberg britannique, qui éventra le navire. Après le codéveloppement, très en vogue, il faut aussi parler de la coresponsabilité.

Par ailleurs, on ne souligne pas assez un mérite de Mugabe : il est un des rares présidents en exercice sur le continent à perdre des élections qu’il a lui-même organisées ! Quel piètre dictateur !

On ne peut s’empêcher de voir dans la tragédie zimbabwéenne se profiler celle d’un homme : Mugabe. Rien n’est plus tragique que de voir, au crépuscule de sa vie, toutes ses réalisations se déliter, le monde que l’on a bâti s’effondrer, ce que l’on croyait de pierre devenir fiable et poudreux sous ses doigts. Tout cela, pour avoir entrepris une réforme juste. Mugabe, c’est le Roi Lear parcourant un empire devenu fantôme ! Ce fut un homme debout, qui est aujourd’hui à bout, mais point un homme de boue, contrairement à ce que suggère la presse. Pourquoi la presse est tombée dans ce travers qui consiste à réécrire l’histoire et à perdre toute objectivité ?

Jean Lacouture a inventé le terme de «l’histoire immédiate» pour le journalisme, par opposition à l’Histoire, qui, elle, s’occupe de grandes tranches de temps. Mais dans la crise au Zimbabwe, l’histoire immédiate attaque l’Histoire (avec un grand H) à la hache, elle l’émiette et la disperse aux quatre vents pour s’imposer comme unique discours sur ce pays. Comme si l’aiguille des secondes arrachait du cadran de l’horloge les aiguilles des heures et des minutes et prétendait seule donner une idée exacte du temps !

Par conséquent, on éprouve beaucoup de scepticisme face à l’objectivité du journaliste. Car il est impossible, comme le suggérait Tchekhov, «d’être aussi froid qu’un glaçon avant d’écrire» . C’est pourquoi Norman Mailer a conceptualisé un «journalisme subjectif», qui reconnaît que l’histoire individuelle du journaliste interfère dans sa perception et dans son rendu du monde. Dans le cas Mugabe, on n’est plus dans cette subjectivité inévitable, on est dans la «mythistoire» voulue d’Etiemble, c’est-à-dire que l’histoire devient le matériau de la fiction. Le Zimbabwe existe, les personnages sont de chair et de sang, mais le reste ressortit à la fabulation ! Le journaliste ne subit plus l’événement, il le crée ou l’arrange à sa convenance. En plus, on est dans l’unanimisme : toutes les presses ont un discours identique sur la crise au Zimbabwe. Cela remet en cause la pluralité des opinions et si on pousse la logique un peu loin, la liberté d’expression même est mise en péril par la…presse elle-même. C’est effrayant de penser que la presse mondiale est borgne et regarde la planète avec une lunette unique. On disait que le monde est devenu un village planétaire, maintenant, il est devenu une voix planétaire. Unique. Et cette voix vient du Nord. Les presses du Sud n’en sont que les échos répercutés. Les journaux du Sud n’avaient pourtant pas suivi la campagne de diabolisation de Saddam Hussein visant à légitimer l’intervention américaine en Irak.

Maintenant, les presses d’Afrique, en optant de monter au créneau contre Mugabe, suivant en cela leurs confrères du Nord au lieu de proposer une lecture moins manipulatrice de la crise zimbabwéenne, risquent de rater le dernier barreau de l’échelle et de s’étaler dans les eaux glauques de la gabegie, pardon de la (Mu)gabegie.

Quoi que l’on dise, il semble que nous sommes entrés dans une époque postréelle, où la presse est capable de nous imposer un monde virtuel comme réel. Le journaliste, qui a longtemps souffert d’être perçu comme un écrivain raté, tient sa revanche. Maintenant, il est l’égal du romancier, un créateur de monde, et, en plus, sa fiction est perçue comme vraie. Au cri de Nietzsche : «Dieu est mort», pourrait répondre celui du journaliste : «Le réel est mort !»

jeudi 4 août 2011

Pourquoi le journal paraît-il chaque jour ?

Je l’ai lu dans mon dico de poche : on appelle quotidien un journal qui paraît chaque jour comment le soleil se lève chaque matin mais l’astre, lui n’est pas toujours visible, lorsque le ciel est nuageux. Mais le quotidien, c’est sa vocation d’être dans les kiosques chaque jour et de parler de l’actualité du jour. Pourtant il est des jours où les journalistes n’ont rien à se mettre entre les dents ; aucun événement qui mérite d’être porté à la connaissance du lecteur. Calme plat. Aucune affaire. Aucun accident. Aucun chien écrasé. En somme, comme dit l'Ecclésiaste, rien de nouveau sous le soleil. Objectivement, il n’y a rien qui puisse être rapporté, analysé ou commenté. En somme, aucune raison de faire paraître un journal. L’actualité est vide comme un ciel bleu d’avril! Et pourtant un quotidien paraît chaque jour. Logiquement, il devrait avoir des matins où le lecteur ne devrait pas trouvé son journal. Ou il devrait trouver un journal blanc, vide, vierge. Il l’achèterait et le remplirait des petits événements de sa petite vie. Ce sera un journal perso. Alors dites-moi pourquoi le quotidien paraît chaque jour ? Hem, bizarre !

dimanche 31 juillet 2011

Desespearly seeking for black ladies.

Femme noire, je te cherche en vain. Naturellement belle et la peau d’un beau noir brillant, il n’en existe plus. Ou si peu. De plus en plus, les Africaines sont trop artificielles. Elles doivent leur regard soyeux à des faux cils, l’abondante chevelure à des fibres de Chine, leur teint doré à la chimie des crèmes décapantes. Au secours, la femme noire que célébrait le poète L.S.Senghor est devenue une espèce en voie de disparition !

mercredi 20 juillet 2011

Le métier de critique ou la profession de mauvaise foi

Comment peut-on faire profession de critique ? Éreinter ou louer un film ou une pièce de théâtre sans être cinéaste ni homme de théâtre et n’en éprouver aucune gêne. Ne faut-il pas une bonne dose de culot et beaucoup de mauvaise foi?

Il nous est incompréhensible qu’un journaliste, honnête et bien dans sa tête, se fasse payer pour écrire des méchancetés ou pour vanter un film, une pièce de théâtre, un livre ou une sculpture sans être ni cinéaste, ni metteur en scène, ni peintre ni sculpteur. Imagine-t-on un journaliste se mêlant de chirurgie et donnant des leçons de manipulation de bistouri à un chirurgien de Yalgado? Le ferait-il qu’on le mènera fissa à l’asile attenant au bloc opératoire car on le soupçonnerait d’avoir péter un plomb et même le gros câble de la raison. Alors pourquoi ce qui n’est pas admis dans la médecine ou tout autre domaine l’est dans les arts ? Pourtant un journaliste peut juger de la qualité d’un tableau ou de l’art d’un peintre même s’il ne sait par quel bout on tient un pinceau ni l’art de composer les couleurs. Que l’on retrouve le même bonhomme dissertant de cinéma sans être cinéaste, de théâtre sans en connaître les ficelles et même de danse contemporaine tout en étant incapable d’esquisser le moindre pas, voilà un mystère qui nous laisse pantois.

Pour leur défense, les critiques disent qu’ils sont avant tout des spectateurs et en tant que tels, ils ont le droit d’émettre un avis sur un spectacle, dire le plaisir qu’ils ont eu ou l’ennui. Mais c’est oublier qu’un spectateur, un vrai confie ses impressions au petit carré de ses intimes, il ne le crie pas à des milliers d’exemplaires dans les journaux et dans tous les foyers qui ont une télé. En plus, d’après nos enquêtes, les critiques ne paient jamais de ticket pour voir un spectacle et on leur réserve toujours les meilleures places de sorte qu’ils ne perdent aucune miette du spectacle. Et après, ces messieurs ont le culot de cracher sur le spectacle qui leur a été gracieusement servi. Quelle ingratitude ! Imagine-t-on un convive qui quitterait la table à manger en traitant son hôte d’empoisonneur ? Même quand ils en diraient du bien, on pourrait douter de leur sincérité parce que la bouche ne mord pas la main qui la remplit.
Cependant, il faut aussi se demander si les artistes ne méritent pas les bâtons et les carottes avariées des critiques. Il nous est effectivement difficile de comprendre pourquoi un homme voudrait que le monde entier voie la petite chose qu’il a bricolée dans sa solitude. Il aurait pu le montrer à sa femme ou à ses voisins mitoyens mais voilà qu’il se pique de le faire admirer de tout le monde. Les invite-t-il à venir gratuitement admirer sa création ? Non, ils les obligent à payer pour ça et il voudrait que le zig qui a claqué son oseille et qui n’est pas satisfait se la boucle. Il faut bien que quelqu'un lui dise que sa chose-là est une merde. C’est le critique qui devient le porte-parole de tous les déçus, il les venge des petites arnaques des artistes. Là, ce n’est que justice ! L’artiste a l’ego aussi gros qu’un ballon à hélium et il faut de temps à autre le dégonfler avec l’aiguille de la critique, ça participe de la thérapie de groupe. Il devient artriste mais ça ne dure pas une seconde.
D’ailleurs, quand un critique vante le travail d’un artiste, eh oui, il y en a qui sont de véritables cireurs de pompes, celui-ci se met à parader comme un paon. Peu lui importe que ces louanges soient méritées ou pas. Il court achète le journal pour lui et pour tous es amis, découpe l’article comme une relique et le range religieusement dans son press-book. Pour l’artiste, le bon critique n’est pas celui qui connait bien l’art et qui en parle avec justesse, c’est simplement le journaliste flagorneur qui lui tresse des lauriers et satisfait son envie d’être caresser dans le sens du poil. Comme des enfants qu’il faut flatter pour qu’ils mangent ou dorment, ils ont besoin de paroles mielleuses…
Et le lecteur dans tout ça ? Il semble qu’une critique favorable amène rarement un lecteur au théâtre ou à un vernissage. Après le boulot, il reste en pantoufles devant sa télé ou il s’encanaille dans un bar, rarement il va au spectacle. Par conséquent les lecteurs n’attentent pas du journaliste qu’il écrive une vraie critique, docte, juste, non, ils veulent un bel article. Toute la nuance est là ! En lisant les pages culture de leur journal, les lecteurs espèrent trouver « une semonce vertement menée, ou le cas échéant, un panégyrique réchauffant, mais l’un et l’autre écrits d’un jet, sans nuance, avec la passion et l’injustice qu’il faut pour retenir un minute l’attention ». disait Pierre-Aimé Touchard, un critique passé à l’ennemi.

En fait, à discuter des faits et des causes à propos des critiques, des artistes et des lecteurs, on perd son latin et même sa raison parce que c’est un panier de crabes. De toute façon, comme au Burkina Faso, il n’existe pas des critiques, il n’y a aucune raison d’en faire tout un foin !

lundi 9 mai 2011

Intellectuels africains et crise ivoirienne: la défaite de la pensée?

La crise ivoirienne a mis à nu l’impuissance des politiques africains à résoudre les situations conflictuelles sur le continent. Elle a aussi révélé que les intellectuels africains, pris dans le nœud de leurs contradictions, n’ont pas brillé par la lucidité et la force de proposition que l’on attendait d’eux. Voyage au pays de l’intelligentsia africaine dans sa diversité et ses divergences.

Les intellectuels mutiques

Dans la crise ivoirienne, il y a des intellectuels qui ont réussi la prouesse d’abdiquer ce qui fait substantiellement l’intellectuel, c’est-à-dire la prise de parole. Ceux qui ont fait vœu de silence dans cette crise, ce sont surtout les intellectuels Burkinabé. Nous n’avons pas entendu le Forum des artistes et des intellectuels, cette coalition qui ambitionne de se positionner dans le paysage africain comme un interlocuteur incontournable et une force de propositions dans la conduite des affaires africaines. Même à titre individuel, aucun franc-tireur n’a pipé mot. Ce mutisme est peut–être dû à la peur de ces leaders d’interférer dans les actions de médiation du Président du Faso ou crainte qu’une prise de position n’entraîne des exactions contre les cinq millions de compatriotes, la plus forte communauté étrangère vivant en Côte d’Ivoire. Quelles que soient les raisons de ce mutisme, ce silence jette un discrédit sérieux sur la capacité de nos intellectuels de s’abstraire des atermoiements pour être une instance de questionnement de nos politiques et de la marche du continent. Malgré ce silence ou peut-être à cause de lui( si nous voulons être cynique), des monceaux de cadavres de Burkinabé ont jonché les rues d’Abidjan et d’ailleurs. Et se taire c’est couvrir ces morts du linceul de silence. Dans cette crise, les Burkinabe ont été les spectateurs obligés des meurtres et des pogroms grâce aux médias ivoiriens et français : jamais nous n’avons été condamnés à tout voir sans rien savoir. Combien de nos compatriotes ont perdu la vie dans cette crise? Nul ne le sait parce que les politiques n’ont rien dit et les intellectuels n’ont rien demandé. Elie Wiesel disait : « Le bourreau tue deux fois. La deuxième fois par le silence ». Même si nos intellectuels ne sont pas comptables de ce qui s’est passé, on peut leur reprocher d’avoir raté une bonne raison de se faire entendre !

Les imposteurs ou pseudo-intellectuels

Les désastres politiques sont comme les grandes putréfactions, ils attirent les charognards. Et la crise ivoirienne, à cause de sa forte médiatisation, a attiré des individus en mal d’exposition médiatique. Aussi des pseudo-intellectuels qui étaient au creux de la vague ont voulu utiliser la crise ivoirienne comme un trampoline pour revenir sous les projecteurs. Calixte Beyala dont les derniers romans ont paru dans l’indifférence générale a endossé opportunément le rôle de la pasionaria de la cause ivoirienne. Courant les plateaux télés, elle dénonce l’ingérence française et prétend défendre la légalité qui se trouverait du côté de Gbagbo. Mais elle a desservie la cause de Gbagbo par l’incurie de son argumentaire, ses interventions dévoilant une méconnaissance abyssale du paysage politique et des textes constitutionnels du pays. Comme quoi, on a beau savoir fabuler dans le roman, la réalité politique ne se laisse pas enfermer dans la fiction et la romancière camerounaise l’a appris à ses dépens.


Les intellectuels partisans :

Une autre espèce d’intellectuels est celle des partisans. Ils ont rejoint un camp et ont mis leur plume et talent au service de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara. On nous dira que l’engagement procède toujours d’un enrôlement dans un camp. Bien sûr mais le Camp du Capitaine Dreyfus fut le camp du droit et de la justice ! Ici, les choses sont moins tranchées. S’il y a une minorité qui a opté pour Gbagbo ou Ouattara pour des calculs mesquins de positionnement, la plupart de ces intellectuels partisans ont été abusé par la complexité de la crise ivoirienne avec son bal masqué : l’ancien colonisateur joue le parangon de la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire tout en maintenant des despotes tout autour de ce pays. C’est par conséquent le combat contre la Françafrique qui a biaisé le débat et obscurci la lecture de la crise ivoirienne. De sorte que les anticolonialistes se sont rangés du côté de Gbagbo par pis-aller. Alassane apparaissant comme un outil entre les mains de la métropole.
Au Forum des altermondialistes de Dakar, de manière générale, les intellectuels se sont rangés du côté de Gbagbo qui représente le combat contre la Françafrique. Alassane est taxé d’ennemi parce que libéral, ami des puissants du monde et des institutions financières telles le FMI et la Banque mondiale, ces pilleurs du continent. Entre l’ami d’Occident et le professeur qui défia Houphouet-Boigny le suppôt des basses besognes de la France sur le continent, les altermondialistes ont choisi le leur !
D’autres ont eu une posture plus inconfortable. Aminata Traoré, mue par son combat anti-colonialiste s’oppose à l’ingérence française tout en esquivant le débat de fond sur la crise ivoirienne. On comprend qu’il lui est intolérable de voir la Force Licorne et surtout Sarkozy dont on se souvient du discours raciste de Dakar jouer les sauveteurs de la démocratie dans une crise où la France ne peut montrer patte blanche. Mais la logique du combat contre la France peut-elle justifier que l’on ferme les yeux sur les dérives du régime de Gbagbo ? Nous pensons que non ! Elle peut autoriser la colère et l’indignation. Pour Sénèque, elle est indigne du philosophe et du sage. Mais l’indignation est une réaction organique, elle donc est légitime. Mais pour qu’elle trouve un sens, il faut qu’elle s’accompagne d’une analyse lucide. C’est la lucidité qui fait l’intellectuel et elle a manqué à tous ceux qui, sous le couvert du combat anti-colonialiste, ont absous Gbagbo et cautionné son rapt électoral.

Les intellectuels sceptiques.

Ce sont ceux qui ne donnent pas un blanc-seing à l’ONU, ce gros machin aux mains de la communauté internationale. Ces intellectuels restent circonspects sur les résultats des élections parce qu’ils pensent que l’ONU n’est pas une structure indépendante, qu’elle est aux ordres des plus puissant. Ils rappellent ses positions ambiguës au Congo dans l’assassinat de Lumumba, sa passivité dans le génocide rwandais, et les élections contestées qu’elle a organisées en Afghanistan. C’est particulièrement l’insolence du représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire se comportant en gouverneur d’un territoire conquis qui les ulcèrent au plus haut point. L’écrivain guinéen Thierno Monénembo incarne ce courant qui entend questionner toutes les procédures électorales. Ils ne sont ni pour Alassane qu’il taxe de sécessionniste, ni pour Gbagbo qui a confisqué le pouvoir ni pour Bédié qui a conçu l’ivoirité. Ce fut un courant minoritaire mais qui a une analyse qui vaut qu’on s’y arrête.

Les intellectuels incorruptibles

Il faut entendre ce terme au sens d’une analyse qui demeure dans la constance, suit un cheminement logique que le temps n’infléchit pas mais approfondit, que les idéologies n’édulcorent ni ne forcissent. Nous pensons que la réflexion d’Achille Mbembé est de celle-ci. On peut moquer sa conviction plein de candeur que l’outillage juridique doit précéder le geste politique et son moralisme mais on ne peut que reconnaître la pertinence de sa réflexion. Il est un des rares intellectuels avec Théophile Abenga à condamner l’intervention de l’ECOMOG, à préconiser que l’Unité africaine se dote de textes juridiques pour baliser les interventions militaires dans un Etat membre et à répéter que les crises politiques sur le continent doit être résolu par les Africains. Et nous pensons qu’il est dans le vrai.


Cette crise a révélé les contradictions qui secouent la communauté des intellectuels partagés entre l’alignement sur les politiques, les errements partisans et les argumentaires en déphasage avec la réalité africaine. Néanmoins, quelques-uns posent parfois le bon diagnostic mais évitent de proposer la bonne médecine. Car s’ils reconnaissent à l’unanimité que la démocratie est à la source de tous les maux sur le Continent, la plupart proposent de repenser celle-ci en tenant compte du contexte africain. Nul ne remet en cause l'option démocratique. Est-ce parce que rejeter ce système politique promu par l’Occident les priverait de toute tribune et les condamnerait au silence. Ambiguïté de l’intellectuel africain qui veut tenir un discours de vérité sans incommoder « la bien pensance » internationale ?
Barry Saïdou Alceny

vendredi 18 mars 2011

8 mars : Mes héroïnes ordinaires.

I. Quatre coureuses dans la nuit
Il est minuit passé. Un léger vent souffle mais le bitume dégage toujours la chaleur accumulée dans la journée. Sur l’échangeur de l’Est, sur le terre-plein central, quatre adolescentes trottinent. Dégoulinantes de sueur, le visage déformé par l’effort, elles apparaissent et disparaissent entre les faisceaux des lampadaires. Elles s’entraînent pour les concours de recrutement de la fonction publique, vêtues de robes, des pagnes et des tongs. Pourtant un t-shirt, un short, des sandales sont plus seyant pour le footing. On trouve partout les maillots et les tennis grâce à la Chine qui inonde nos marchés de ces produits et les petits vendeurs ambulants les cèdent pour presque rien. Mais ce semble un bien grand luxe pour les parents de ces adolescentes. Assurer le repas quotidien, payer la scolarité, voilà leurs préoccupations. Aussi, ces jeunes filles sont-elles obligées de courir la nuit dans leurs pagnes. Cachant leur indigence dans le manteau de la nuit, loin du regard des citadins. Elles portent pourtant des rêves simples: être soldat, gendarme, policier, institutrice ou infirmière pour rompre le cercle de la misère. Pour que leur progéniture ait du pain et du linge. Et ne se cache plus pour faire du sport par manque de chaussures, de shorts et de T-shirts. Leurs foulées ne sont pas légères, elles martèlent le bitume comme leur cœur cogne dans la poitrine : avec la rage de changer de condition. Au carrefour, elles tournent vers Bendoogo, l’obscurité les happe…
II. Les balayeuses de la cité
Sur De Gaulle, il est quatre heures. Le matin se débat pour sortir de la gueule de la nuit mais les mâchoires obscures ne veulent lâcher leur étreinte. Un muezzin, sûrement irrité de sortir des draps avant d’avoir épuiser son provision de sommeil hurle sa colère dans les haut-parleurs. On distingue des silhouettes ployées sur le trottoir. Ce sont les balayeuses de la cité. La brigade verte. Parmi elles, deux vieilles femmes avec des gestes lourds. Elles ne portent ni masque ni gant. Juste un foulard pour cacher les cheveux. Les balais soulèvent des nuages de poussière qui les cernent. Chaque jour, la poussière s’engouffre dans la gorge, dans les poumons, dans les yeux. Elles s’enrhument, larmoient, toussent. Une ordonnance pourrait engloutir toute la paie. Mais pour elles, c’est du pain bénit. La maigre paie mensuelle est vitale pour améliorer l’ordinaire à la maison. Même malade, il faut venir faire sa peine. Souvent, on voit une balayeuse qui, prise de malaise, est assise ou allongée sur le bitume. C’est à ce prix-là que les artères de Ouagadougou sont propres chaque matin.
III. La vendeuse de légumes.
L’aube n’a pas encore lapé les dernières flaques d’obscurité. Il est cinq heures. Fanta entre à Ouagadougou endormie sur son vélo. Des corbeilles pleines de légumes et de fruits empilées sur son porte-bagages. Une charge trop lourde pour cette mère d’enfants si fluette. Dents serrées, ses maigres jambes appuient sur la pédale de toute leur force, la bicyclette avance péniblement. Chaque semaine, elle se lève avant le chant du coq, enfourche son vélo, roule quarante kilomètres pour venir dans la capitale vendre les produits de son potager. Des laitues, des poivrons, des courgettes, du haricot vert…des produits qu’elle ne mange jamais. Ni ses enfants. Des légumes pour les gens de la ville. Elle connaît le prix de son travail, elle en sait les sacrifices mais face aux revendeuses de Ouagadougou, elle est désemparée. Elle ne peut obtenir un bon prix. Aussi cède-t-elle sa provision pour n’importe quelle somme qui résout les urgences du moment telle une ordonnance à acquitter, un crédit à solder, du pétrole à acheter, un baptême à saluer, etc. Elle ramènera du café moulu pour son mari. Et Elle le retrouvera toujours dans ses couvertures, endormi.

Alcény Saïdou Barry

samedi 19 février 2011

Un trio polygame en Noirs et Blanche.

Je suis assis à la gare KGB, attendant le bus en partance pour Ouaga. Un ami de longue date que j’ai retrouvé dans cette ville de l'intérieur est avec moi, et nous évoquons des amis communs, réveillant d'anciennes histoires cocasses que nous avons, ensemble, vécues.
Remue-ménage dans la gare. Klaxon. Tohu-bohu. Des gens courant en tous sens. Le bus entre en gare. Des passagers en descendent. Une femme forte, une européenne attire l’attention. Elle a un embonpoint exagéré, presque obèse. Le soleil a peint quelques rougeurs sur ses joues, sur son cou. elle a un visage de grosse tomate rouge. Une jeune africaine l’accueille. Elle est un peu forte aussi.Mais un visage fort joli. Elles s’embrassent. Descend, un jeune homme au visage doux, à la carrure forte. La femme noire lui donne l’accolade placidement tandis qu’il a le téléphone cellulaire collé à l’oreille. D’un geste de la tête, mon ami montre l’homme au centre du trio : « Mate le sacré veinard ! »
Je ne comprends pas ! Face à mon air dubitatif, il ajoute, l’index pointant l’homme : « Le mec-là, c’est le mari de ces dames : la Blanche et la jeune Noire ». Oh! Ce jeune homme est donc avec ses deux épouses ! Je regarde ce trio étonnant et je tente de comprendre comment une Européenne a accepté partager son homme avec une autre. « Avec son obésité, me dit mon ami, il lui aurait été difficile de trouver un homme avec un physique pareil ! Mettre ce jeune étalon, d’un beau noir d’ébène, musculeux comme une statue grecque dans son lit, c’est inespéré »
Partager avec une autre femme, ce diamant noir est une petite concession. « Pourquoi ce jeune homme accepte-il cette situation ? », demandais-je à mon ami. « Européenne est un coffre-fort ambulant ! Avec son épais chéquier, ses cartes de crédit et son passeport Schengen, elle est l’assurance d’une vie meilleure pour ce jeune couple ».
Assis dans le bus qui roule vers Ouaga, je repense à ce trio. Moi, je préfère croire que c’est l’amour qui est à la base de cet étonnant attelage en Noirs et Blanche. Un amour vrai entre ce jeune homme et ces deux dames. Un véritable triangle amoureux. Cela rend cette histoire plus belle…