Tout mur est une porte. Emerson

mercredi 30 octobre 2013

Docu de Gideon Vink: Le Ruudga Parle avec Nouss Nabil


Le Ruudga Parle avec Nouss Nabil

Après les films musicaux sur le légendaire Bembeya Jazz et le destin tragique de Black So Man, l’Association Semfilms s’est intéressé avec le docu Le Ruudga Parle à Nouss Nabil et à l’instrument traditionnel qu’il joue et tente de promouvoir. Ce film réalisé par Gideon Vink met la lumière sur le ruudga sans pour autant en dissiper les ombres et les légendes.


Nouss Nabil, vous vous en souvenez ? Certainement que le grand public des téléspectateurs de la dernière décennie se rappelle ce jeune homme, très grand de taille qui se déhanchait mollement au rythme d’une chanson un peu grivoise sur les bords. Ayant eu son quart d’heure de célébrité comme le prophétisait Andy Warhol, il aurait pu retomber dans l’anonymat comme tous ces chanteurs d’une saison. Mais le jeune homme ayant goûté à l’ivresse de la musique et de la célébrité ne veut plus quitter la scène musicale. Il veut être un vrai musicien et décide d’apprendre à jouer d’un instrument.
Après une courte éclipse, il est revenu épaissie, la barbe poivre et sel, jouant du ruudga, la viole traditionnelle des Moosi.

C’est la reconversion de ce jeune homme, moderne, citadin et bien portant au ruudga que tente de comprendre le film. Le Ruudga Parle est conçu sur le schéma du conte initiatique, avec un héros qui fait son apprentissage à passant d’un maître à un autre, d’un lieu à un autre. Ainsi Gideon Vink accompagne Nouss Nabil de son équipée à travers le Burkina Faso pour comprendre le origines et les mystères de son instrument. La caméra le suit, souvent de dos, à travers ses déplacements pour rencontrer les aînés, la plupart malvoyants. Le ruudga est un instrument qui est attaché aux malvoyants dans le pays mossi et on en fait un accessoire pour mendiant.

A Ouagadougou, il rencontre Denis Sawadogo, un aveugle qui joue dans les débits de boissons et à Bissiga, un petit village de Ouahigouya, Michel Ouédraogo et son frère. Ah ! le vieux Michel, 50 ans de musique. Il a remplacé la calebasse du ruudga par une casserole en alu mais il arrache à son instrument des sonorités extraordinaires et d’une grande pureté. Avec lui, on se rend compte que le ruudga parle car l’instrument semble répéter les mots qu’il chante.

Le documentaire est composé de deux périodes. Une partie solaire qui montre Nous Nabil dans ses pérégrinations à la rencontre des maîtres du ruudga et dans son entreprise de vulgarisation de l’instrument, d’abord à l’Université devant les étudiants de Lettres et ensuite avec des gamins pendant le festival Wedbindé de Kaya.

Et une période crépusculaire et nocturne. Le basculement s’opère par les inserts d’un coucher d’un soleil et l’apparition de la pleine lune. Cette seconde partie s’attache à la part d’ombre du ruudga. Nouss Nabil évoque les pouvoirs de l’instrument. Ce pouvoir est aussi souligné par El Hadj Idrissa Dembélé qui conte une histoire extraordinaire digne des Mille et Une nuit. Pendant qu’il raconte cette histoire extraordinaire, la camera saisit l’effet sur sa famille : zooms sur des regards étonnés, dubitatifs.

Il n’est pas dans notre propos de nier ou d’accréditer cette thèse du ruudga capable de réaliser des choses extraordinaires mais en entourant l’instrument de fantastique, cela peut nuire gravement à sa vulgarisation. Car pour faire entrer le ruudga dans les écoles et dans les orchestres classiques comme le souhaite Nouss Nabil, il faut avant tout en faire un objet profane. En le sacralisant, il rajoute au folklore et participe à son isolement.

Ce film participe à la connaissance de cet instrument de musique traditionnelle. Il se regarde avec plaisir à cause des images bien léchées et parce que la caméra est ouverte à l’imprévu et saisit le mouvement de la vie quotidienne de Bobo Dioulasso. Des visages anonymes, des paysages et des sites connus traversent le film de sorte que Nouss Nabil n’emplit pas l’écran même s’il est le personnage principal. En ne tombant pas dans la célébration d’un artiste, ce docu évite l’écueil de la plupart des films musicaux. Il est disponible en DVD.


mardi 10 septembre 2013

De l’artisanat à l’art : Un défi impossible?


Au Burkina, l’artisanat s’est développé grâce à notre riche patrimoine, mais également par la structuration du domaine avec les centres d’artisanat et particulièrement le SIAO. Pour permettre aux artisans de s’insérer dans le marché de l’art, une réflexion et des initiatives s’élaborent pour introduire l’art dans leur pratique.


Comment passer du statut d’obscur artisan peinant à vivre de son travail à celui plus valorisant et plus monétisé d’artiste ? Quitter l’anonymat de l’atelier pour être Icare à l’assaut du soleil de la reconnaissance ? Précisons toutefois que tous les artistes n’ont pas de beurre dans leurs épinards, toutefois ils sont mieux lotis que les premiers cités. S’il suffisait de perdre cinq lettres en chemin pour que l’artisanat devienne de l’art ou simplement de se débarrasser de sa veste d’artisan pour devenir artiste comme le serpent de sa mue, ce serait chose aisée. Malheureusement, c’est plus compliqué, car au-delà de la qualité des œuvres, c’est notre regard qui instaure un véritable apartheid.

Quelle est la différence entre artiste et artisan ? Pour Pierre Soulage, «l’artiste cherche. Il ignore le chemin qu’il empruntera pour atteindre son but. L’artisan, lui, emprunte des voies qu’il connaît pour aller vers un objet qu’il connaît également.» Ainsi donc, l’artisan serait artiste s’il renonçait au confort de la reproduction et se laissait guider par son imagination et sa puissance créatrice. Il suffit qu’il abandonne une route toute tracée pour prendre des chemins de traverses et le pari est tenu !

Dans la pratique, ce n’est pas si simple, car l’artisanat n’est pas la simple répétition de gestes et de techniques hérités du passé, il y a aussi création, renouvellement. D’une année à une autre, de nouveaux objets apparaissent, les formes se modifient, se renouvellent. Ce qui montre que la frontière entre art et artisanat est assez fuyante.

Que dire alors d’un peintre ou d’un sculpteur qui travaillerait le même sujet toute sa vie ? Est-il un artisan ? Et là, c’est peut-être Michel Foucault qui détient la réponse. Évoquant le fameux tableau de Magritte, Ceci n’est pas une pipe, il fait une différence entre la ressemblance et la similitude en précisant que «la ressemblance a un ‘patron’ : élément original qui ordonne et hiérarchise à partir de soi toutes copies de plus en plus affaiblies qu’on peut en prendre. Ressembler suppose une référence première qui prescrit et classe. Le similaire se développe en séries qui n’ont ni commencement ni fin, qu’on peut parcourir dans un sens ou dans l’autre, qui n’obéissent à aucune hiérarchie, mais se propagent de petites différences en petites différences». Mais à l’analyse, la ressemblance procéderait plus de la reproduction mécanique et industrielle que du travail manuel de l’artisan.

Ceux qui ont été séduits par la conception romantique de l’artiste qui serait l’élu des Muses et qui créerait sous une inspiration irrépressible trouveront aisément la différence entre l’artiste et l’artisan. On devient artisan mais on naît artiste, car c’est un don. Sans nier l’inspiration, il faut cependant noter que sans la technique, sans un savoir sur l’histoire de l’art, sans un environnement favorable à l’art, il n’y a point d’artiste. Combien de petits Mozart ne rencontreront jamais le piano et le solfège et leurs doigts, malgré leur agilité et leur vélocité, ne se poseront jamais sur un clavier ? On peut toutefois l’être et le devenir si l’on pense à l’aphorisme de Nietzsche : «Deviens ce que tu es.»

D’ailleurs, dans le monde des artisans, surtout des artisans de caste tels les bronziers et les forgerons qui ont emmagasiné des savoir-faire millénaires sur le fer ou le bronze, il y a beaucoup d’artistes de talent.

La vraie différence entre artisan et artiste se trouve dans le regard et la ligne Maginot que les instances de consécration (les ministères des Arts, les galeries, les prix, la presse et les critiques d’art) dressent entre les deux. Il suffit de changer de paradigme pour glisser de l’artisan à l’artiste. Il faut simplement que l’objet soit inséparable de son créateur, qu’on y voie la marque d’un individu, qu’on lise une signature et on y découvre une originalité.

C’est de la sorte que l’artiste peut passer de la fonction de créateur au métier d’artiste. Quand une œuvre artisanale cesse d’être anonyme et qu’elle est indissociable d’un individu, elle devient de facto une œuvre d’artiste. Reste le problème de la qualité, de l’originalité et de sa réception.

lundi 26 août 2013

Le secret des sorciers noirs de Vincent Ouattara:Dim Dolobsom est-il un écrivain ?


Vincent Ouattara, à travers cet essai intitulé Les Secrets des sorciers noirs publié aux Editions Publibook, explore une question fort polémique dans la théorie littéraire, celle de savoir quel écrit appartient à la littérature et quel auteur mérite d’être appelé écrivain. Les Secret des sorciers noirs de Dim Dolobsom qui fut le premier ouvrage publié par un Burkinabè et qui divise le monde des lettres sert d’objet d’étude.


Aux adeptes de magie noire qui se rueront sur ce livre, grande sera la déception car malgré son titre équivoque, Les Secrets des sorciers noirs, et les masques qui figurent sur la couverture, ils n’y trouveront nulle recette de poison mortel, de philtre d’amour ou de gris-gris pouvant infléchir le destin. Ce titre ne manquerait pas non plus d’intriguer les littérateurs surtout suivi qu’il est du nom de Vincent Ouattara, eux qui savent que le titre est déjà pris par Dim Dolobsom. Qu’ils se rassurent, il n’y a rien d’anormal à ce fait, les essais critiques ont tendance à reprendre le titre de leur objet, ce qui n’est pas, concédons-le, très original.
Cette publication vient à point pour vider une vieille querelle qui divise le monde des Lettres du Burkina en deux camps aussi irréductibles : les Nazistes pour ne pas dire Pro-Nazi, un terme bien honni qui ajouterait à la confusion, et les Dimistes. Qui de Nazi Boni ou de Dim Dolobsom est le premier écrivain du pays et le père de la littérature burkinabè? Même si la querelle est à la littérature ce qu’est l’humus est à la plante, c’est-à-dire son aliment, il faut dire que cette polémique est à fleurets mouchetés et elle n’a jamais été à travers un ouvrage ou un colloque. D’où l’importance de l’essai de Vincent Ouattara qui aborde la question avec des outils nouveaux de critique littéraire. De prime abord, on pourrait dire que le débat n’a pas lieu d’être du moment que Dim Dolobsom a publié en 1934 un ouvrage d’ethnographie qui de par la nature de son objet qui est l’étude de l’art divinatoire chez les Mossé, se veut un ouvrage scientifique et Nazi Boni a publié une fiction sur le peuple bwa à l’aube de la pénétration coloniale, Le Crépuscules des temps anciens en 1962. Même si la même intention de mieux faire connaître leur société habite l’un et l’autre, la démarche ethnologique qui se veut tout objective du premier et le choix de la fiction du second fait qu’une conception traditionnelle de la littérature dénie au premier le nom d’écrivain. D’autres conceptions mettent tous ces écrits dans la même escarcelle. L’essai de Vincent Ouattara fait dans la nuance, rien n’est tout blanc ni tout gris et il y aurait même mille nuances de gris, la littéralité étant affaire de définitions et pouvant se nicher dans des textes qui se veulent objectifs comme dans les sciences humaines.
La succincte et lumineuse préface d’Yves Dakuyo fait remonter la cause de cette confusion des genres à l’époque coloniale où du fait du faible nombre d’œuvres burkinabé édités, on les classait ainsi les ouvrages de Ki-Zerbo (historien), Nazi Boni (romancier) Salfo Balima (historiographe). « A cette époque, rappelle-t-il, était « littéraire » tout écrit en langue française et était « écrivain » tout auteur de tel texte ». Par ailleurs, il souligne l’importance de cet essai dont la démarche interdisciplinaire est novatrice dans la critique littéraire.
L’essai de Vincent Ouattara est divisé en deux grandes parties. La première partie, théorique, rappelle les différentes théories littéraires et puise à diverses sources, ethnologique, philosophique, sociologique pour élaborer son échafaudage théorique pluridisciplinaire. On sent que l’auteur n’a pas rédigé son ouvrage en pantoufles, ne s’est pas contenté de caresser la reliure des beaux livres mais les a lus avec application et s’est approprié toute l’érudition sur le sujet, de sorte que dans cette partie défilent les théories littéraires et de sciences humaines. On croise du beau linge dans cette partie : Sartre, Barthes,
Bakhtine, Balandier, Sandwidi H, Sanou Salaka, Darcy Ribeiro, Irish Murdoch, etc. Des Européens, des Américains, et des Africains. C’est un salon littéraire idéal où l’auteur aurait convié toutes les éminences de la critique littéraire pour qu’ils dialoguent, se contredisent, se complètent, s’éclairent les uns les autres et éclairent surtout le lecteur, qui en sort fort instruit des questions de critique littéraire.
Dans la seconde partie, l’auteur met l’ouvrage de Dim Dolobsom sur la table de dissection et l’analyse à l’aide de ces outils théoriques. A travers plusieurs entrées, la narratologie, les temps et ordre du récit, la fiction, l’utilisation des adjectifs et des adverbes, il montre grâce à ces entrées colligées que l’ouvrage de Dim manifeste une certaine ambition de bien dire à travers l’organisation de la narration, le recours à une stratégie d’intéressement du lecteur à travers la fiction, et par l’utilisation de chants, de proverbes, de contes qui sont des genres de la littérature orale. L’originalité de cet ouvrage, au-delà du regard d’encyclope de son auteur, se trouve dans l’invitation de la littérature orale dans la question de la littéralité, dépassant ainsi le clivage entre scripturaire et oralité dans la saisie de la littéralité. Ce livre fait bouger les lignes de démarcation entre écrit et oral, entre fiction romanesque et récit ethnographique ou de voyage. On se gardera de révéler les conclusions de l’auteur.
Il faut en outre saluer l’option de l’auteur de donner un résumé de tous les chapitres de l’ouvrage de Dim Dolobsom, parce que cet ouvrage, la première publication de pays, reste introuvable même à la Bibliothèque universitaire de Ouagadougou. A notre connaissance, malgré le combat de Pacéré Titinga pour faire connaître cet ouvrage, il n’en existe qu’un exemplaire, bien amoché du reste, qui peut être consulté à la bibliothèque des Archives Nationales. Un autre était disponible au Fonds burkinabè de l’Institut français mais celui-ci a été fermé. Gageons que cet essai amènera les bibliothécaires et des libraires sur l’œuvre fondatrice des lettres burkinabé.
Cet essai qui explicite les différentes théories et approches du texte littéraire et des écrits des sciences humaines est incontournable pour les élèves, étudiants de lettres et tous ceux qui s’intéressent à la chose littéraire. La langue adoptée par Vincent Ouattara, claire et accessible, évite le jargon du spécialiste et lorsqu’un concept ne peut être remplacé par un mot plus courant, il est explicité dans le texte. Ce qui en fait un essai à la portée de tous.
Toutefois, cet essai, malgré la rigueur de sa démarche et la sûreté de son appareil critique, pourrait difficilement mettre un terme à la polémique sur le premier écrivain de notre littérature tant cette querelle excède le domaine de la littérature et cache des enjeux géopolitiques et régionalistes. Qu’il tarisse la polémique ou la relance, le livre de Vincent Ouattara contribuera, à n’en pas douter, à renouveler les approches dans les études sur les littératures africaine.
Saïdou Alcény BARRY

dimanche 21 juillet 2013

La chute de la maison cinéma au Faso


Au Burkina Faso, pendant la période révolutionnaire, il y a eu une effervescence culturelle à laquelle n’a pas échappé le cinéma. Outre le fait de donner une dimension mondiale au Fespaco en y conviant communautés de la diaspora d’Amérique et des Caraïbes, la révolution de Thomas Sankara a ouvert des salles de cinéma un peu partout sur le territoire burkinabé. Mais ces salles ferment les unes après les autres. quel avenir pour un cinéma qui n’a pas de salle pour être vu ?
Comme touchées par une terrible épidémie, les salles de ciné meurent les unes après les autres. Le ciné Guimbi de Bobo Dioulasso est en ruine, les salles de Kadiogo et du Oubri sont devenues des magasins de tissus, le cinéma Yadega tombe en ruine et prend l’allure d’une demeure hantée. Et la salle de Zorgho est à l’abandon
Si vous séjournez à Zorgho et que le hasard de la déambulation porte vos pas devant la salle de ciné, vous la verrez, derrière le marché, hautaine, imposante au milieu des hangars et des petites maisons en banco. Mais face à la concurrence des vidéoclubs et au désengagement de l’Etat dans la gestion des salles, beaucoup d’entre elles ont fermé. La salle de Zorgho en fait partie. Aujourd’hui ce ciné qui fut le cœur de la vie culturelle est devenu un bâtiment à l’abandon. C’est une grande bâtisse à angles carrés avec des colonnades droites, d’un blanc délavé avec des lisérés de vert. Elle ressemble à un bâtiment naval échoué sur un banc de sable après que l’eau se soit retirée.
Il y a quelques années, c’était là que battait le cœur de la ville. Tout ce que Zorgho et ses environnants comptait de valides s’y retrouvait. Maintenant, c’est une ruine pleine de lézardes et de rouille que les hommes ont désertée. Les margouillats, les lézards et les chauves-souris occupent les lieux et courent sur les murs. Quelques chèvres faméliques broutent la petite herbe qui envahit les abords.
A la belle époque, quand la Sonacib gérait la salle, il y avait deux films à l’affiche chaque soir et le bouche-à-oreille était aussi véloce que le téléphone portable actuel et la réputation d’un film embrasait les villages comme un feu d’harmattan et rameutait les jeunes gens qui descendaient à Zorgho pour voir un tel film.
Cette salle était comme un navire à quai entendant de faire le plein de voyageurs avant de prendre le large. Ainsi on coupait son ticket et on passait la porte avec l’impression de payer une croisière autour du monde en quelques heures. On allait en chine avec les films de Shaolin, de Bruce Lee ou Jackie Chan dansant son jeu de jambes endiablé et ses atemis meurtriers, ou en Inde avec les danseuses du ventre de Bollywood, et dans la fournaise de New York avec les films policiers d’Hollywood. On en ressortait groggy, ivre d’ailleurs et d’héroïsme.
Cette salle était une corne d’abondance pour ses riverains. Une vie économique s’organisait autour du cinéma. Les vendeurs d’eau, de fruits, de tabac et de café pullulaient. Et les badauds, l’œil aux aguets, se tenaient autour de la salle comme une ceinture humaine.
Et puis, un beau jour, l’appareil de projection a rendu l’âme après une vie bien remplie. On s’est ramené le rétroprojecteur posé sur un haut tabouret. Las, c’était du sous- cinéma, ces images aux bordures floutées qui dansaient sur un plein petit écran. Cela annonçait la chute de la maison cinéma. Ensuite la programmation est devenue plus aléatoire et puis tout s’est arrêté.
La nature ayant horreur du vide le cinéma s’est déplacé dans les petites cours aux alentours du marché, dans les vidéos clubs. Sur des bancs de fortune, sous des hangars branlant dont les poteaux de bois tanguent sous le vent, les Zorgolais s’enivrent d’images. Passé des images grandeur nature du grand écran au l’écran nain de la télévision, les gens savent que c’est déchoir.
Dans les vidéoclubs, les haut-parleurs disséminés aux quatre coins de la cour crachent des décibels pour aguicher le spectateur. Et ça marche. Des deux côté de la route nationale, des foules rentrent et sortent des cours aménagées avec des hangars pour suivre un film, un match de la Champion’s League, un match de catch ou une série nigériane. C’est un zapping d’enfer orchestré par un programmateur fou.
Le cinéma crée de l’addiction. Dès qu’on en a goûté, on ne peut plus s’en passer. Et les gens de la capitale du Ganzourgou se souviennent du bon cinéma d’antan et s’abrutissent d’images vidéo de mauvaise qualité.
Il serait bien que les communes réhabilitent les salles de cinéma en déshérence pour en faire des espaces culturels où cinéma et théâtre pourront cohabiter. Et la commune de Zorgho pourrait être pionnière en redonnant vie à sa salle de ciné.
Saïdou Alcény BARRY

jeudi 20 juin 2013

Lettre à une dame outragée

C’est une vieille dame qui réside à côté du Musée national. Une nuit, des jeunes gens en colère s’en sont pris à elle. Avec une violence inouïe. Et personne ne s’est ému.
J’ai pris sur moi de vous écrire pour dire ma révolte face au sort que de jeunes malappris de la capitale vous ont fait subir.
Je ne connais pas votre nom, mais je vous appellerai bien Yaaba car c’est ainsi que personnes âgées sont affectueusement nommées ici. Depuis 2007, je vous ai toujours vue à côté du jardin en face du Musée national. Au début, j’ai cru que vous faisiez la mendiante comme la plupart des vieilles femmes qui sont aux feux tricolores mais j’ai vite compris que vous n’étiez pas de cette engeance. Vous aviez un port si altier, une constante dignité dans le maintien qui laissent deviner que vous êtes d’une noble extraction. Me soit souvent demandé de quel royaume vous étiez la princesse ? Le collier de perles et les bracelets aux manches font penser au Zoulous. Vos yeux bridés ajoutent à votre mystère. Etes-vous issue d’un métissage entre l’Afrique australe et l’Asie mineure. Loin de tendre la sébile, vous offrez plutôt un regard bienveillant et maternel aux Ouagalais qui marquent un arrêt lorsque le feu est au rouge.
J’ai constaté que le temps n’avait aucune prise sur vous. Depuis que vous avez pris place à proximité de l’Hôpital pédiatrique, vous avez conservé le même teint et le même visage lisse. Votre coiffure est restée intact, elle ne s’est jamais effilochée. Les rayons du zénith vous faisaient étinceler comme si vous étiez parée d’or et la lumière du l’aube vous donnait un teint vif d’argent en fusion. Même la fine poussière de Oauga qui transforme les visages en masques de latérite vous glissait dessus comme de l’eau sur une plume d’oie. Votre petite taille a toujours intriguée mais on m’a souvent dit que les personnes de petite taille résistaient mieux aux outrages des années.
Et voilà que depuis cette nuit maudite, vous avez perdu votre éclat. Du cambouis a noirci votre visage. Le regard s’est voilé et même une grande lassitude semble peser sur vos épaules.
Mais pourquoi ces jeunes hommes qui vous connaissent s’en sont pris à votre intégrité physique. Votre grand âge ne les a même pas intimités. On a dit qu’ils étaient en colère contre les autorités de la cité. Légitime est peut-être leur colère mais inexcusable est cette explosion de violence sans discernement. Qu’avez-vous à y voir dans les affaires de la cité? Ils ont, semble-t-il, commencé par brûler des pneus sur le boulevard et ériger des barricades sur le boulevard. Ensuite ils s’en sont pris à vous.
Mon cœur saigne quand je pense à ce qu’ils vous ont fait subir. Ils vous ont d’abord enfumé les yeux et la gorge avec l’incendie des pneus avant de vous passer des pneus autour du cou, de vous arroser d’essence et de craquer…une allumette. Ils pensaient vous transformer en torche humaine qui se mettrait à courir en tous sens avant de s’effondrer, réduit à un petit tas de cendre. Mais vous êtes plus forte qu’eux. Vous êtes restée debout. Admirable résistance. Mais ce visage qui brillait sous les rayons du soleil comme si vous étiez revêtue d’or et luisait tranquillement sous la clarté de la lune la nuit, ce beau visage est devenu tout noir de suie. Votre regard s’est voilé de noir et vos habits sont tous sales. Honte à eux !
Est-ce votre calme regard qui les irritait ? Est-ce votre immobilité au milieu de leur fébrilité ? Pauvre jeunesse qui ne sait que la désapprobation peut être mutisme, qui ignore que la douleur est silence et ne s’épanche pas bruyamment.
Mais je m’offusque aussi contre tous les Ouagalais qui, depuis cette terrible nuit, vous regardent et ne font rien. Vous vous dites que le monde a bien changé. Que les Ouagalais sont devenus bien indifférents. Vous avez raison. Aucun n’a osé s’interposer pour vous protéger des vandales et après l’outrage, aucun n’a daigné s’arrêter et vous tendre sa serviette pour vous essuyer votre visage. Seul le ciel a été compatissant, il a ouvert ses vannes pour vous offrir une toilette mais cela n’a pas suffi à vous rendre votre éclat.
A ces jeunes qui vous ont malmenée, je leur souhaite de vivre vieux et de subir l’outrage des jeunes impertinent. Ils comprendraient à rebours votre grande peine. Malheureusement ils ne seront jamais à votre place. Vous êtes d’airain. Eux, sont d’anonymes pyromanes. A ceux qui jugeront ma colère exagérée parce qu’il y a tant d’autres problèmes plus graves, je leur rétorquerai que ce n’est pas parce que vous êtes de chair et de sang que vous n’êtes pas importante. Vous êtes une sculpture . Une œuvre d’art. Et s’attaquer à une statue est lâche car elle ne peut se défendre.
Si nous nous sommes permis de vous adresser cette lettre, c’est pour vous assurer que tout le monde n’est pas indifférent à Ouaga. Et aussi pour dire aux indifférents que lorsque l’on s’en prend au patrimoine artistique, cela annonce souvent des lendemains qui déchantent.

samedi 18 mai 2013

La flûte enchantée de Korka



Pour une fois, votre rubrique délaisse les arts urbains et modernes et les artistes de la cité pour s’intéresser à un art bucolique et communautaire, la fête du soir au village. Elle est allée à la rencontre d’un orchestre traditionnel peul avec un jeune flûtiste très doué qui subjugue hommes et bêtes.
Bloqué par une panne de véhicule et dans l’attente d'un mécanicien, nous avons passé la nuit dans un hameau d’élevage entre Yala et Léo. A notre arrivée, le crépuscule était déjà tombé sur le hameau. Ce soir-là, il y avait une fête avec un orchestre traditionnel.


L’espace réservé à la fête est une petite arène où sont disposées des nattes sur lesquelles les femmes en toilette des grands jours et les enfants sont assis en désordre. Du côté opposé, des hommes arrêtés, d’autres accroupis. Entre les deux groupes, la troupe de musiciens, composée d’un joueur de guitare peule, d’un batteur de calebasses, d’un jeune flûtiste et d’un couple de chanteurs : un vieil homme et une jeune fille. Tout ce monde, on le devine plus qu’on ne le voit à cause de la pénombre du soir. Seuls les faisceaux des torches électriques zèbrent la nuit.

La fête commence avec le joueur de flûte. Il déroule quatre ou cinq notes, les étire longuement, mais ne réussit pas à les relier en mélodie. Le joueur doit être un débutant parce que les sons sortent désordonnés, incertains et comme écorchés. Il y a quelque chose de pénible à l’écouter, car les notes les plus hautes s’interrompent brutalement ou vibrent anormalement comme si la flûte est ébréchée. On nous apprend que ce joueur, Korka qu'il se nomme, a un bec de lièvre, mais on nous assure que Dieu, dans sa libéralité, lui a donné un tel talent qu’il n’ y a, dans tout le pays, un flûtiste de sa trempe. Étrange talent qui ne peut simplement relier des notes, pensai-je.

Le joueur de calebasse, un colosse, est déchaîné et sous la furie de ses paumes et de ses coudes naît un rythme mat et cadencé qui saisit l’assistance et amène les têtes à dodeliner et les pieds à battre la mesure. Et s’en mêle la guitare que le joueur a posée entre ses jambes comme un bébé ; elle libère de multiples notes aiguës, qui s’enguirlandent en un bouquet mélodieux. Quelquefois, une note reste longtemps suspendue dans l’air, semblable à la vibration d’une corde trop tendue. Le vieil homme chante dans une gamme basse et la jeune fille coiffe ses finales d’une voix aiguë et le chant nous parvient enrobé à la pointe par la fine voix féminine. L’ambiance conquiert peu à peu toute l’assemblée.
Timidement de jeunes filles s’avancent au centre de l’arène et esquissent quelques pas de danse. D’abord, elles se balancent avec mollesse, le buste se penche en avant, le corps s’allonge et la tête dodeline à gauche et à droite. Elles dansent avec grâce et légèreté, leurs pieds effleurant à peine le sol. La faible lumière accroche les grosses boucles en or qui pendent à leurs oreilles et les colliers d’or ou d’argent qui descendent en cascades sur les poitrines. Et des reflets de lumière sur les bijoux papillotent autour d’elles. Ensuite, la cadence s’accélère et elles se trémoussent plus vivement, croisent les avant-bras et font s’entrechoquer les lourds bracelets d’argent qu’elles ont aux poignets. C’est à ce moment-là que les hommes entrent en scène. Ils se tiennent sur une jambe et ensuite sur l’autre, secouent vigoureusement la tête avant de pivoter en une rotation complète, les pans des boubous flottant autour d’eux comme des ailes d’ange. Mais jamais, il n’y a contact entre les jeunes hommes et les jeunes filles, dont les parfums capiteux flottent dans l’air. Les chansons célèbrent la femme, la mère, l’épouse et l’amante. Le vieux chante les noms des grandes beautés de son époque : celles qui avaient le nez droit, le cou gracile, la taille fine, le teint lumineux, la chevelure longue et le propos mesuré.
Quelques meuglements de taureaux se mêlent à la musique. L’assemblée fait la causette tout en suivant ou en participant au spectacle. Et soudain des phares de motos trouent l’opacité de la nuit et leurs vrombissements de tonnerre couvrent la musique. Ce sont de jeunes bergers des campements environnants qui s’invitent à la fête. Ils s’en vont déposer de gros magnétophones devant les musiciens pour enregistrer leur prestation. Et ils se mettent à distribuer des billets de banque aux musiciens. Devant la pluie de billets, le vieux chanteur retrouve de la vigueur, se lance dans un panégyrique généalogique et les patronymes fleurissent dans sa chanson : il déroule la lignée des Bollarbé, Diallobé, Foynanké et leurs hauts faits…
Et voilà que le flûtiste que j’avais oublié revient dans la danse. Les notes de sa flûte s’imposent et couvrent tous les bruits. Il pointe son instrument vers le sol comme pour en tirer les notes et le pointe vers le ciel pour les libérer. Les yeux mi-clos, il joue une série de notes rapidement, puis il étire paresseusement trois autres notes avant de reprendre quelques autres très rapidement et de les projeter puissamment dans la nuit. Ces notes sont si hautes qu’il semble vouloir les lancer contre la voûte céleste ; ce qui oblige les spectateurs à lever la tête au ciel d’instinct pour suivre ces notes à l’assaut du ciel. Il est méconnaissable. Totalement transfiguré. Difficile d’admettre, en effet, que le maladroit flûtiste du début et ce grand maître de la flûte ne sont qu’une seule et même personne. Les spectateurs, l’ouie tendue et silencieux, sont comme envoûtés par le joueur de flûte. Par moments, ils crient à l’unisson les deux syllabes de son nom : Kor-ka. Et puis, le jeune homme baisse peu à peu la hauteur de ses notes et cède en douceur la place à la voix du vieux chanteur, qui s’épanouit comme un parasol géant que l’on ouvre.

Maintenant celui-ci chante le troupeau, il parle de la beauté de leur robe et de leur puissance. Ce sont des hymnes à la vache mythique ou au taureau le plus beau du troupeau. C’est un répertoire de poèmes pastoraux, des «jimmoji na’i», que les bergers peaufinent au cours de leur errance, dans la solitude des pâturages. On cite les noms des taureaux - Nora, Saye, Bounejo ([1]) - et chaque énumération crée un charivari dans l’assemblée.
Une fois de plus, le flûtiste s’est avancé au milieu de l’arène, les jeune filles l’entourent en battant des mains ; tous les spectateurs regardent fixement un point au-delà de l’arène. Korka joue des notes longues par série de trois, les spectateurs s’agitent, tendent des bras dans l’obscurité. Et soudain, ils se mettent tous à applaudir. Un troupeau de bœufs a surgi à quelque distance, au point de mire de tous les regards. Il semble que Korka vient de rassembler son troupeau en jouant de son instrument. C’est l’apothéose. Tout le monde est debout autour de l’adolescent à la flûte. Il est là, grimaçant un sourire, l’œil torve, la flûte serrée contre son cœur.
La nuit commence à blanchir. On sent que l’aube est proche. Les spectateurs se dispersent peu à peu et nous nous décidons à rejoindre la case de notre hôte. Des voix d’hommes et des rires étouffés de jeunes filles sortent des fourrés. Ainsi la mixité s’opère loin des regards…

Le lendemain, la voiture réparée, nous continuâmes notre route. Quand je mis la cassette de la soirée que m’avait remise un jeune berger dans l’autoradio, il n’en sortit qu’un bruit semblable au murmure du vent d’harmattan.
De cette soirée il ne me reste que le souvenir. Même le hameau n’existe plus, m’a-t-on dit. Ces hommes du voyage ont conduit leurs troupeaux vers le Ghana en quête de pâturages plus verts. Avec Korka, le joueur de flûte, en tête de marche, j’imagine.

[1] Nora : robe blanche au flanc noir ; Saye : robe fauve ; bounejo : robe grise

mercredi 1 mai 2013

Expo Photo Les portraits voltaïques de Sory Sanlè



« L‘âge d’or de la photographie voltaïque » est une exposition des photographies en noir et blanc d’Ibrahim Dory Sanlè qui se tient à l’Institut Français de Ouagadougou du 19 avril au 18 mai 2013. Des photographie qui font revivre la jeunesse de Bobo Dioulasso des années 60-80. C’est un voyage à rebrousse-temps dans l’effervescence des indépendances.

Ces photos de Sory Sanlè, qui courent sur une vingtaine d’années-des Indépendance en 1960 jusqu’aux années 80-déroulent un grand pan de l’histoire de Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina. Et elles exhalent un capiteux parfum de nostalgie et ressuscitent un passé définitivement englouti.
Ah ! L’âge d’or de la photographie avec les studios photo est derrière nous. Le coup de grâce a été l’apparition du Polaroïd qui a mis la photo à la portée de toutes les mains. Les studios photo ont longtemps été des chambres où les petites classes africaines venaient construire une image rêvée et valorisante d’eux-mêmes. Derrière un papier peint représentant une mégalopole ou un monument célèbre, tenant en mains les biens de consommations qui constituaient le must de l’époque comme un avion avec la passerelle déployée, le combiné du téléphone, un pot de fleurs synthétique ou une carabine à air comprimé, de jeunes hommes et filles se posaient, mettant à travers ces artefacts leur rêves d’Occident ou de la société de consommation en scène. Le studio fut aussi l’antre où on déposait l’empreinte de sa vie. Face au temps qui fuit, à la mémoire qui s’efface et à la disparition certaine des êtres et des choses, la photographie devient le moyen de conserver le souvenir en figeant l’instant dans l’éternité et en le sauvant de l’oubli.
A Bobo Dioulasso, Sory Sanlè fut l’un des photographes qui a saisi ces instants et ses photos sont des chroniques d’une époque, celle de Bobo Dioulasso au bon temps des indépendances. Les clichés de Sory Sanlè sont une machine à remonter le temps. On se retrouve dans l’euphorie des indépendances avec les bals où des orchestres reprennent les tubes africains et du monde. Des couples pris dans le rythme des sonorités s’oublient dans la danse et s’inscrivent comme des arabesques virevoltantes dans la photo. D’autres posent en studio, seul ou à deux, immobile ou esquissant un mouvement comme pour mettre de la vie dans cette image qu’ils savent fixe. Ces photos de Sanlè donnent l’air du temps et comme disait Robert Doisneau, elles sont des « constats d’huissier » En effet, on y découvre les modes de l’époque : des pantalons en bas d’eph, les coiffures afro et les poses qui évoquent les stars de la Blackexploitation ou les Boy’s band de la pop anglaise tels les Beatles ou les Rolling stone.

Si la plupart des photos oscillent entre la pose pleine de malice ou de serieux , on y découvre aussi des pépite complètement loufoque comme cet homme en souliers et chaussettes mais dans une tenue d’Adam, une culotte Kangourou blanche cachant ce qu’une feuille dissimulait chez le premier des humains !Qui est-ce ? Sans être un Sherlock Holmes, on peut conjecturer que c’est un soldat car à l’époque, seule l’intendance militaire disposait de ses types de culottes. Pourquoi cette tenue ? Notre soldat voulait-il faire admirer son corps d’éphèbe par une amoureuse laissée au village? Ou était-il si fier de son caleçon immaculé qu’il a voulu laisser l’empreinte à la postérité.
Les photos de Sory Sanlè sont belles. Très belles. Elles font penser à celles d’un autre photographe, le Malien Malick Sidibé. Le visiteur de l’expo se demandera pourquoi ces deux artistes qui sont d’une même époque et qui procèdent d’une même démarche ont-ils connu des fortunes diverses. Le Malien est connu dans le monde entier et ces œuvres sont très cotées tandis que le Burkinabè est peu connu. Les voies de la reconnaissance sont impénétrables. Mais les Rencontres africaines de la photographie se tenant à Bamako, si Sory Sanlè vivait et exerçait dans la capitale malienne, pas de doute que son travail aurait eu un écho plus grand. Comme quoi, il y a une géopolitique de l’art et il vaut mieux être danseur contemporain à Ouaga qu’imagier de talent. Connu ou pas, Sory Sanlè mérite que l’on s’attarde sur son expo pour voir ses photographies d’un monde révolu…