Tout mur est une porte. Emerson

samedi 13 avril 2013

La qualité artistique, une gageure pour le cinéma burkinabè

Projecteur braque le faisceau sur les deux faiblesses majeures du cinéma burkinabè à partir des années 2000, à savoir le montage et la direction d’acteurs.

Si nous limitons notre corpus aux films de la dernière décennie, c’est en raison de la multiplication des réalisateurs et des films, une effloraison due à la technologie numérique et surtout parce que c’est dans ce corpus que l’on trouve les œuvres les moins abouties au niveau du montage et de la direction d’acteur. Loin de nous, la nostalgie fleur bleue d’un âge d’or du cinéma burkinabè qui aurait existé avant ce millénaire, le lustre du passé est un leurre. Si nous avons eu deux étalons d’or avec Buud-yam de Gaston Kaboré et Tilaï d’Idrissa Ouédraogo, c’est un indice de qualité de ces films lauréats mais nullement une preuve suffisance de la vitalité de l’ensemble de notre cinéma de l’époque. On comprend que, devant le marasme du cinéma actuel dans le montage et la direction d’acteurs, les amoureux du cinéma aient tendance à regarder dans le rétroviseur et à enjoliver le passé.

L’avènement du montage à la tronçonneuse

Le montage et la photogénie (esthétique de l’image) sont les deux éléments qui constituent l’ADN du cinéma. Tous les autres éléments comme la mise en scène, la direction d’acteur se retrouvent aussi dans les autres arts. C’est dans le montage que se trouvent la composition d’ensemble, la structure narrative, le rythme et les relations entre les différents plans que sont les raccords. Robert Bresson disait d’ailleurs : « c’est qui est beau au cinéma, ce sont les raccords, c’est par les joints que pénètre la poésie ». Cela a fait dire que le cinéma est véritablement né avec le montage, c’est pourquoi La Naissance d’une nation de D. W. Griffith qui est le premier film à bénéficier d’une grammaire du montage, est considéré comme le premier véritable film. Dans cette logique, on peut dire que le cinéma burkinabè a renoncé à l’art à partir des années 2000 car les œuvres de cette décennie ont renoncé à penser le montage comme un aspect fondamental du film. Beaucoup d’œuvres sont montées si maladroitement qu’on les dirait faites dans un état second. Ces œuvres sont décousues et les raccords très approximatifs. C’est le montage, pourtant qui donne au film sa respiration, son impression de réalité et même sa poétique. Cependant, il est apparu une malheureuse tendance qui consiste à raccourcir des séries télé pour en faire des longs métrages au mépris de toutes les règles du montage, et le grave est que ce procédé est une insulte aux spectateurs. En 2001, Boubacar Diallo a inauguré cette mode consistant à attaquer une série télé à la tronçonneuse pour en faire un long métrage avec la bien nommée Série noire à Koudbi. Et depuis, la série noire du cinéma se poursuit avec des œuvres sauvagement mutilées. Au montage défaillant de ce cinéma, il faut ajouter la mauvaise prestation des comédiens.

Le cinéma Burkinabè a mal à sa direction d’acteurs

Longtemps, les réalisateurs avaient majoritairement recours à des comédiens amateurs constitués d’amis et de parents. A partir des années 2000, avec l’entrée de comédiens professionnels ou semi-professionnels de théâtre sur les plateaux de tournage, on pensait que notre cinéma allait gagner un supplément de qualité. Las, les comédiens de théâtre y ont amené le jeu théâtral en déphasage avec le jeu exigé au cinéma, un jeu fait de retenue et d’économie. Cela a dénaturé le cinéma au lieu de le faire gagner en réalisme. Et tous les films de fiction actuels n’échappent pas à cette maladie de la théâtralisation. A contrario du théâtre, le jeu au cinéma participe de la mimésis, il imite le naturel. Faut-il jeter la pierre aux comédiens de théâtre? Non ! Un comédien, tout comme la caméra, est un instrument entre les mains du réalisateur, celui-ci doit savoir en user pour espérer en extraire toutes les potentialités. Ce problème n’est pas celui du comédien mais ressortit de la direction d’acteur. Tous les films et téléfilms Burkinabè de cette décennie ont mal à leur jeu d’acteurs, exception faite de la série Les éléphants se battent d’Abdoulaye Dao. Même des films récents de réalisateurs confirmés ont cette faiblesse. Par exemple, En attendant le vote…de Missa Hébié a bénéficié de la présence de l’un des meilleurs comédiens africain, Habib Dembélé, mais sa prestation fut une redite sans génie de son rôle dans Guimba de Cheick Omar Cissoko. Certainement que le réalisateur s’en est contenté. Même le dernier film de Pierre Yaméogo, Ba-yiri est plombé par la prestation mitigée des acteurs qui traversent le film en somnambules. Un acteur, même auréolé d’un grand prestige est pareil à un instrument de musique, le réalisateur doit savoir en jouer, pincer la bonne corde pour libérer la note appropriée. Si le réalisateur est mauvais musicien, même d’un stradivarius, il ne pourrait en tirer qu’un affreux crissement. Il faut donc que nos réalisateurs se forment à la direction d’acteurs ; à défaut il faudra qu’ils se fassent accompagner de metteurs en scène.
Quand un cinéma a mal à l’interprétation et au montage, il s’avance sur deux béquilles. Faut-il pour autant déduire que notre cinéma restera paraplégique ad vitam aeternam ? Pas du tout. Nous pensons que notre cinéma est en crise parce que la société burkinabè tout entière l’est. Souvent le renouveau artistique sort des périodes de crise. Nous sommes convaincu que l'accord heureux entre notre cinéma et la société se produira parce que de nouvelles oeuvres sont en train de naître et de talentueux créateurs sont en train de poindre.


mercredi 27 mars 2013

Albert Camus : l’aveuglement colonial

L’écrivain français Albert Camus aurait eu cent ans cette année. Il est né en Algérie, à Annaba, en 1913. Des livres et des essais ne manqueront de saluer l’intellectuel, l’écrivain nobélisé et son engagement auprès des opprimés. Pour nous, anciens colonisés d’Afrique, demeurera l’incompréhension face à l’obstination de Camus à défendre une Algérie française.

Hier 27 mars 2013 est sorti dans les salles françaises l’adaptation au cinéma du roman autobiographique et posthume d’Albert Camus, Le Premier homme. Le réalisateur italien Gianni Amelio a porté à l’écran ce roman dont le manuscrit a été retrouvé dans une sacoche de cuir à côté de la voiture dans laquelle l’écrivain trouva la mort le 4 janvier 1960. Dans ce dernier roman, sous le pseudonyme de Jacques Cormery, l’écrivain revient sur son enfance à Alger. Ce film n’éclairera certainement pas la part d’ombre qui entoure le rapport de Camus à l’Algérie
De Camus, on retient les grands romans l’Etranger, La Peste et La chute sur l’absurde, les essais qui tentent de formuler l’absurde comme Le mythe de Sisyphe, l’Homme Révolté qui met la morale au cœur de la politique et ses pièces de théâtre dont la plus célèbre reste Caligula. La critique littéraire française a fait de Camus le dernier des Justes et un grand moraliste, insistant plus sur sa réflexion sur la condition humaine que sur la place qu’occupe l’histoire dans son œuvre. Hors de France, il y a l’incompréhension devant son attitude face à l’histoire de l’Algérie quoique l’unanimité se fasse sur la force de son œuvre. Quid de l’Algérie dans cette œuvre ? L’Algérie de Camus, c’est la mer, la terre et le soleil qu’il chante avec lyrisme mais les Algériens en sont absents. Du moins, ils apparaissent sous le nom générique de l’Arabe. Dans l’Etranger, l’Arabe qui est tué par Mersault n’a pas de nom, dans la Peste aussi, dans la ville d’Oran pestiférée, ce sont les arabes qui meurent mais ils n’ont pas d’existence individuelle, ils ne sont pas des personnages au même titre que Tarrou, Rieux et le Père Panelou. Yasmina Khadra, un romancier algérien remarquera que les Algériens ne sont pour Camus qu’une excroissance de la faune locale.
L’Algérie reste la tâche noire sur l’image immaculée de combattant de la liberté dont se vêt l’écrivain, c’est le grain de sable qui enraille sa belle mécanique de l’engagement, le nom qui fait s’écrouler tout l’échafaudage théorique de sa pensée d’intellectuel au service de la liberté. Comment expliquer que celui qui refuse toutes les oppressions au nom de la morale, qui s’est engagé dans la résistance quand la France était occupée par l’Allemagne ne comprenne pas que la France est une force d’occupation en Algérie et que la liberté de l’Algérien passe par la libération de l’Algérie ? La seule explication qui tienne est peut-être celle donnée par Edward Saïd c’est-à-dire que l’inconscient colonial de l’écrivain.
Pour tous ceux qui continuent à voir dans sa lapidaire réponse à un étudiant algérien qui lui reprochait de ne pas soutenir la lutte de libération, « Je choisis ma mère avant la justice », une expression de dépit plus qu’une réponse assumée, il faut leur mettre sous les cieux cette prise de position de Camus dans ces Chroniques algériennes :
« En ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance nationale est une formule purement passionnelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algérienne. Les juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les Berbères auraient autant de droit à réclamer la direction de cette nation virtuelle. Actuellement, les Arabes ne forment pas à eux seuls toute l’Algérie. L’importance et l’ancienneté du peuplement français en particulier suffisent à créer un problème qui ne peut se comparer à rien dans l’histoire. Les Français d’Algérie sont eux aussi et au sens fort du terme des indigènes. Il faut ajouter qu’une Algérie purement arabe ne pourrait accéder à l’indépendance économique sans laquelle l’indépendance politique n’est qu’un leurre. »
Comment aurait-il vécu l’indépendance de l’Algérie s’il avait été là en 1962 ? La mort l’a soustrait de l’histoire, nous privant de voir comment il aurait évolué avec cette Algérie indépendante. On peut toutefois penser qu’étant d’une grande lucidité, il aurait fait amende honorable et reconnu que l’intégrité exigeait qu'il acceptât que « le frère périsse au nom des principes de justice». Surtout si ce frère-là opprime et occupe la terre de l’Autre!

samedi 23 mars 2013

Carnets de route : Mes 48 heures chrono dans les Cascades

Au mois d’août, nous avons, quatre amis et moi, décidé de sillonner les sites touristiques de la région des Cascades en 48 heures. C’est ainsi que, arrivés à Banfora un vendredi nuit, nous sommes entrés en contact avec Ablo, un homme de Banfora, qui nous avait été recommandé par un ami. Il nous a donné de son temps et son véhicule.
C’est au volant de sa Range Rover qu’Ablo nous a conduits dans tous les coins intéressants de la région. Nous avons déambulé dans les Cascades, navigué sur le lac de Tengrela et gravi le Pic de Sindou. J’étais parti à la découverte des sites et je suis tombé sous leurs charmes. Mais ce sont surtout les hommes rencontrés pendant cette excursion qui m’ont marqué.
C’est pourquoi, dans ce carnet de voyage, les sites, malgré leur beauté, passent à l’arrière-plan. Leurs splendeurs servent de toile de fond pour camper ces hommes pas comme les autres. Un guide plein de secrets, un piroguier audacieux et un héraut au souffle épique. Ce carnet est un récit de ces rencontres.


Le guide qui me révéla le secret des Cascades


Nous avons commencé par le site le plus proche de notre base, les cascades, lesquelles ont donné leur nom à la région ; elles sont distantes de Banfora d’une quinzaine de kilomètres.
C’est un matin, sous un ciel chargé de gros nuages, que nous nous sommes entassés dans la Range Rover d’Ablo en direction des cascades, priant le ciel qu’il n’ouvrît pas ses vannes ce jour-là. Après avoir traversé les champs de canne à sucre de la SOSUCO, qui s’étendent sur des kilomètres, et triomphé d’une route cahotante pleine de nids-de-poule, nous nous garons devant un motel où nous attendent deux bonshommes.
L’un est un colosse avec une tignasse folle tombant en cordes crasses sur un visage prognathe mangé par une barbe broussailleuse : un rasta de campagne, qui ignorerait l’existence du champoing de cheveux. Il nous tend un ticket de parking.
S’avance maintenant l’autre. Un bob sur la tête, avec un visage replet zébré d’une large estafilade sur la joue gauche, des yeux rougis et un sourire mielleux de douanier. Son T-shirt, qui fut blanc jadis, se démène pour contenir une bedaine qui refuse la discrétion et déborde sur un ceinturon, lequel retient un pantalon bouffant.
Un manche de couteau émerge d’un fourreau fixé par des ficelles de cuir à la cuisse gauche. En cet homme, à l’allure d’aventurier, je vois un croisement d’Indiana Jones, de Crocodile Dundee et de chasseur Dozo ! Un mélange de brigand et de paysan. Il se présente. C’est le guide et il nous réclame deux mille francs sans détour.
Ablo, qui est un habitué des lieux, est surpris par la présence d’un guide et surtout d’un guide payant bien que nous nous soyons acquittés du péage à la barrière érigée à l’entrée du site. Notre guide explique calmement que c’est un dysfonctionnement et que lui-même trouve que c’est cher payé, mais comme c’est le règlement... Ablo ne semble pas convaincu, il hausse les épaules de dépit.
Notre guide nous toise comme un sergent recruteur inspecte sa troupe de recrues, hoche la tête plusieurs fois et d’une voix de chef tonne : « On s’en va ! » ; et s’avance d’un pas martial dans la brousse. Nous nous engageons dans une allée bordée de manguiers géants aux troncs immenses. Leurs feuillages se rejoignent au-dessus de nos têtes et forment une voûte dense.
Quelques rares rayons de soleil traversent la voûte et s’éparpillent en petits corps luminescents voletant dans cette cathédrale naturelle. Du feuillage, descendent le pépiement des petits oiseaux, la stridulation des grillons et les cris modulés des roussettes. Un peuple bruyant mais peureux loge dans les cimes.
Lorsqu’une petite branche craque sous nos pas, un silence inquiet remplace subitement le concert, qui après un bref moment reprend, plus ferme, plus assuré et plus harmonieux. Quelques termitières géantes surgies entre les manguiers et que nous découvrons dans cette pénombre prennent des formes inquiétantes.
Des papillons effarouchés par nos pas voltigent entre les rayons lumineux tels des fleurs dansant dans le vent frais d’avant-orage. Du sol mouillé montent l’odeur de la terre et les effluves des mangues pourrissant sur le sol.
Après une centaine de mètres dans cette allée, nous débouchons sur un chemin ascendant, des escaliers faits de blocs de pierres, qui serpentent sur la falaise et mènent aux cascades. Un bourdonnement vous assaille comme si mille ruches d’abeilles vous cernaient.


Plus on avance et plus ce bourdonnement cède la place à un mugissement si puissant que l’on s’attend à voir débouler sur soi un troupeau de taureaux cornus lâchés dans une course folle... et après une dernière montée, la cascade apparaît. Majestueuse.
Des trombes d’eau ruant du ciel sur la pierre, des tonnes d’eau chutant des hauteurs, tournoyant dans une écume blanchâtre et ébranlant le socle de granit sur lequel nous sommes arrêtés. Le frémissement de la pierre se propage dans le corps et distille l’inquiétude dans le cœur. Mais rapidement, ce frémissement devient un frisson de plaisir qui court de l’extrémité des orteils au cuir chevelu. Un massage apaisant.
Pour remonter aux limbes et voir la naissance de la cascade nous demandons à notre guide de nous y mener. Nous reprenons un chemin tortueux entre les immenses blocs de pierres et la végétation luxuriante qui s’est invitée dans ce milieu où le liquide et le minéral s’affrontent.
Des arbustes plantent leurs racines comme des serres dans le granit et s’élancent dans les airs, leurs troncs en équilibre précaire penchés dans le vide. Des arbres balancent leurs branches, longues cordes noueuses couchées sur la falaise, en attente d’un alpiniste fou. Des lianes s’enchevêtrent et forment un pont suspendu dans le vide.
Notre guide, d’un ton docte, nous montrait telle feuille qui, mâchée, soigne les ulcères, tel fruit dont l’amande est un hypotenseur et maints autres secrets des plantes. Après chaque explication, je cueillais une feuille ou un fruit du fameux arbre ; connaître le pouvoir médicinal des plantes peut toujours servir. Après avoir longtemps marché, nous nous retrouvons brusquement devant un précipice.
Cette voie ne mène nulle part. Nous nous tournons vers le guide pour comprendre, il explique qu’il voulait nous offrir un angle de vue panoramique sur le site. Peut-être s’est-il simplement perdu dans son itinéraire et ne veut-il pas nous l’avouer ? Parce que la vue n’est ni fameuse ni panoramique.
On est loin de la cascade et un épais talus nous bouche la vue.
Ce guide est tout de même particulier, pensé-je. Au lieu de prendre la tête de la marche, il se met à la queue pour veiller sur les dames. Marque de galanterie, certes, mais est-ce la fonction d’un guide ? Il a aussi une fiole, qu’il sort souvent de sa poche, en ingurgite quelques gouttes et la range prestement. Il est de plus en plus volubile. Son gros rire résonne de plus en plus dans les airs.


Ablo a pris la tête du groupe et nous débouchons sur le sommet de la cascade. C’est là que l’eau se rassemble, enfle démesurément avant de se projeter avec force et violence sur les blocs de granit quelques dizaines de mètres plus bas. C’est le fleuve Comoé qui, contrarié par le surgissement d’un obstacle de pierre sur son cours, se confronte violemment à celle-ci, l’escalade et retombe avec fracas avant de poursuivre sa route vers la Côte d’Ivoire.
Un embrun mouille les visiteurs d’une pluie de gouttelettes si fines qu’on ne les voit pas.
Ici, l’érosion a creusé la pierre et donné une cuvette profonde avec une eau limpide. L’envie nous prend de nous baigner dans cette piscine suspendue. Pendant que nous essayons d’extraire nos membres des habits dans des contorsions acrobatiques et dans la bonne humeur, notre guide, un doigt pointé vers notre piscine, hurle : « Un crocodile ».
Nous scrutons vainement l’eau transparente à la recherche du saurien. Rien sur la face de l’eau, calme et lisse comme un miroir. Il nous explique qu’il y avait le glouglou du saurien qui faisait des bulles dans l’eau. Le crocodile aurait disparu dans les galeries qui parcourent la pierre. Peu convaincus par cette histoire du saurien qui respire dans l’eau et fait des bulles géantes à la surface de l’eau, nous décidons néanmoins de surseoir à la baignade.
Comme le ciel était dégagé et le temps lumineux maintenant, nous nous installons sur une sorte d’esplanade qui pour lire, qui pour jouer aux cartes tandis que notre guide nous parle des génies malveillants des cascades. Selon notre guide, les Djinns immoleraient chaque année un enfant en le retenant dans les eaux lors des baignades. Cette année, deux enfants auraient péri dans la piscine. Et il raconte beaucoup d’autres choses sans que nous y prêtions attention jusqu’au moment où il nous explique l’origine du mot « Cascades ».
Il disait, l’index tendu et l’œil brillant : « Cascade vient du turka « kass-kass » parce que quand les pierres chutent de la colline jusqu’en bas, ça fait « kass-kass ». Il conclut, sentencieux : « Les blancs entendent mal ; c’est pourquoi, au lieu de dire « kass-kass » il prononcent « Cascades ».
A partir de cet instant, nous doutons sérieusement de la probité de notre guide. A son haleine, nous comprîmes aussi que sa fiole ne contenait pas quelque médecine, mais une forte liqueur locale, le koutoukou, une eau-de-feu à assommer le plus coriace des Bobos.
Quand le soleil commence à décliner et sa lumière à faiblir, nous décidons de ranger nos cartes et nos livres et de rejoindre Banfora. Notre guide, qui faisait le lézard, renversé sur le dos et que nous croyions plongé dans quelque méditation philologique, dort profondément.
Quand j’essaie de le réveiller en le secouant, un grognement d’ours suivi par un sourire épanoui de gamin que seul le rêve donne au visage de l’adulte me font comprendre que notre homme, assommé par l’alcool, rêve sûrement de cascades, de vins et de ruisseaux de liqueurs.
Après un conciliabule, nous le laissons cuver son trop-plein de koutoukou sur son lit de pierre entre ciel et terre, bercé par le vrombissement de la « kass-kass ». En vrais gentlemen, nous glissons deux billets de mille francs dans la poche de son pantalon.
Au motel, nous signalons la position de notre guide. C’est là, qu’un homme au poil roux, un Judas, nous apprend pour moins de trente deniers que notre guide était un faux. C’est un cuisinier du motel qui, par désœuvrement, s’autoproclama guide des « kass-kass », pour enfourner quelques billets de CFA et nourrir sa famille. Avant de quitter les cascades, je vidai mes poches des feuilles et des fruits récoltés et dont le guide énumérait les vertus devant nos yeux ébahis. Tout ça n’était que mystification.
A Banfora, attablés au restaurant « le Calypso », nous avons conté notre aventure et souligné l’originalité de notre guide à une famille rencontrée là. Cette famille, de quatre membres aussi, est allée pour voir les cascades mais elle n’a pas eu notre chance. Elle est tombée sur un guide plus filou que le nôtre, qui l’a menée à un filet d’eau aussi mince que le jet de pipi d’un nourrisson serpentant entre deux petits cailloux. Ce guide justifiait la rareté d’eau par le fait que la SOSUCO pompait l’eau de la source pour arroser ses champs de canne à sucre.
Le nôtre, lui quand-même, nous mena au bon endroit. Et même s’il nous raconta plein de sornettes sur les cascades, nous lui pardonnons l’entourloupe. Pour les moments de fous rires qu’il nous offrit. Et la révélation du grand secret : le véritable nom des Cascades : « Kass-kass ».


mercredi 20 mars 2013

Un correcteur peut cacher un charcutier !

Il est une chose qui est le propre de la presse. D’abord le sujet d’un article est toujours une commande de la rédaction, le nombre de mots est fixé d’avance et le journaliste évolue entre ces deux balises. Ensuite, le papier doit passer par le service de correction avant d’être publié. Et parfois, c’est là où le bât blesse !
L’article de presse, qui est souvent écrit dans l’urgence, a besoin de passer entre les mains expertes et les yeux de lynx d’un correcteur pour bénéficier des derniers soins avant d’être livré à la lecture. Comme un homme après s’être vêtu et avant de quitter la maison a besoin de l’inspection d’un miroir ou d’un regard ami pour ajuster la cravate, ôter un cheveu sur l’épaule ou l’aider à boutonner ses manchettes. Le correcteur se charge donc de lustrer le texte en lui ôtant une coquille, en redressant une formulation boiteuse, en ajoutant une virgule pour mieux faire sens. Bref, il donne de l’allure à un papier. Malheureusement le correcteur peut être un boucher. Un Jacques l’éventreur ! Au lieu d’améliorer le texte, il le massacre à la tronçonneuse, le charcute en lui ôtant toute intelligence, le déshabille de toutes ses tournures coquettes qui lui donnent un style, un rythme et de la tenue. Il le tue carrément en le rendant incompréhensible, en en réduisant en un misérable tas de mots qui ne veulent plus rien dire. Une dépouille qui ne communique plus rien. Dans ce cas-là, quoique le rédacteur de l’article sache qu’il n’est pas le seul auteur de son texte car comme le dit le philosophe André Gorz : «Le journalisme est cette pensée sans sujet», ce rédacteur-là a des envies de meurtre devant le corps mort de son texte. Dans ce texte de deux pages, de cinq mille signes, il y avait mis sa pensée, sa culture, ses mots les plus aimés, sa façon de rendre particulier son rapport à la tribu des mots et de tout ça, il ne reste plus rien. Rien que ce tombeau de mots sauvagement mutilés par un ersatz de correcteur. S’il pouvait saisir au gosier ce charcutier de malheur, le soulever de terre et le pendre haut et court à un croc de boucher, peut-être que sa colère s’en irait se balancer à côté de l’hurluberlu. Mais il ne peut que serrer ses poings, impuissant car il ne peut mettre un nom ou un visage sur l’assassin de sa prose! Il faudrait bien que les rédactions songent à réserver le goudron et les plumes pour des correcteurs de cet acabit ! Chaque journaliste victime d’un tel vandalisme rêve d’un correcteur se balançant au bout d’une corde. Au défaut de pouvoir le suspendre au gibet pour de vrai…Fi !

jeudi 7 mars 2013

One man show de Newton Aduaka: Théâtre, jazz et amours

Après avoir remporté l’Etalon de Yennenga en 2007 avec Ezra, un long métrage sur les enfants soldats, le réalisateur nigérian Newton Aduaka revient avec One man’s show, un long métrage plus intimiste où jazz, théâtre et amours tissent l’histoire d’un comédien englué dans les problèmes du quotidien. Ce film expérimental a remporté le prix de la critique(FACC) au Fespaco 2013.

One man’s show
s’ouvre sur un anniversaire. Sur la pelouse verte d’une maison, les pitreries d’un clown et les éclats de rires d’enfants emplissent l’air. Des enfants hilares, la mère aux anges et le père en tenue de clown. C’est l’image d’une famille heureuse. Mais ici les images sont trompeuses et rapidement le film délaisse le soleil du bonheur pour s’enfoncer dans les profondeurs d’une vie d’homme assez terne. La partition du film en trois parties suggère effectivement cette descente dans les cercles de l’Enfer inspirée par la Divine comédie de Dante. Emil est un comédien de one man’s show qui vit en France. Malheureusement le one man’s show est un art en déclin, supplanté dans le cœur du public, de plus en plus, par les shows virtuels. A cinquante ans, il vient aussi d’apprendre qu’il a un cancer à l’estomac. Sa vie privée n’a pas été non plus un long fleuve tranquille. Entre ses trois femmes, Black, Blanche, Beur, et son fils, cet homme qui s’accroche à son art contre vent et marée semble incapable d’attachement envers les êtres qui l’entourent.
Le film de Newton Aduaka est d’abord une méditation sur le rapport de l’homme aux femmes et sur la responsabilité. « Rien n’est vrai dans ta vie » lui dit son amante Fatima. C’est à se demander si Emil quitte un moment son rôle de comédien. De quel poids de vérité leste-il sa parole ? Pèse-t-elle d’un égal sur scène et dans l’intimité ?
L’omniprésence des miroirs dans le film et surtout le choix du réalisateur de filmer plutôt les reflets du personnage sur les surfaces spéculaires tels les carreaux, les vitres et les glaces dans ces face-à-face avec ses différentes femmes posent le problème de l’identité. Le miroir renvoie-t-il une image vraie ou juste un reflet ?
Ce film est aussi un bilan sans concession d’un échec. L’art d’Emil est condamné à la disparition, lui-même l’est par son cancer et sa vie conjugale est un triple échec. Seul le fils Akhena peut le sauver d’un ratage complet. Ce fils dont le nom peut être perçu comme un diminutif d’Akhenaton, le pharaon bâtisseur de Louxor sera celui qui bâtira certainement sa vie avec la solidité d’une pyramide à partir des gravats laissés par l’expérience du père.
En récompensant ce film du réalisateur nigérian, la Fédération africaine des critiques de cinéma (FACC) a voulu saluer un film qui vaut surtout pour le risque que prend Newton Aduaka d’emprunter des sentiers plus escarpés au lieu de suivre un chemin plus convenu qui lui a déjà valu la reconnaissance de l’establishment du cinéma. Ce long métrage en invitant le théâtre au cinéma ne fait que nous rappeler qu’à l’origine le cinéma était là pour capter le théâtre. Le long arrêt sur le monologue final d’Emil Abossolo Mbo démontre que le cinéma peut s’offrir le luxe de s’attarder sur un homme récitant les mêmes mots et d’en restituer le poids et l’émotion sans se perdre. Par ailleurs, la musique est un véritable personnage dans ce film. En effet le piano a une présence obsédante et ses notes accompagnent le film du début à la fin, soulignant la tension du parcours d’Emil et suppléant quelque fois à l’inanité de la parole.
En somme, Newton Aduaka réussit avec One man’s show un film audacieux. En choisissant de se renouveler à travers un cinéma ouvert à l’improvisation et à la musique, il nous rappelle que le cinéma doit se nourrir des autres arts pour éviter de n’être qu’une virtuosité technique. Comme le disait Hervé Bazin, le cinéma doit rester un art impur.

samedi 16 février 2013

Gasse Galo de Yacouba Traoré: Une traversée de l’histoire nationale


Yacouba Traoré à travers ce livre évoque ses souvenirs d’enfance et de journaliste et expose ses méditations sur le métier de journaliste de télévision. Entre anecdotes croustillantes et évocation lyrique du passé, ce livre nous promène dans l’histoire récente du Burkina et les couloirs du pouvoir.

Contrairement à la plupart des mémoires de nos compatriotes dont la plupart vous tombent des mains dès l’entame tant ils sont ennuyeux à force d’autoglorification ou d’entorse à la vérité, ce livre-là, il est impossible de le refermer sans en être venu à bout. Nous l’avons lu d’une traite comme un thriller.
Yacouba Traoré remonte le fil de la mémoire et arpente à rebours l’histoire de notre pays. La petite histoire côtoie ici la grande, les personnalités historiques frôlent les personnages sans épaisseur pour construire un récit vivant où le quotidien donne le bras à l’histoire. Des reportages sont l’occasion d’évoquer les différentes techniques journalistiques et les grands évènements historiques ou d’importance pour le Burkina Faso. Ainsi la mort de ki-Zerbo ouvre le livre et nous introduit dans la maison TNB (Télévision nationale du Burkina) tiraillée entre le désir de liberté dans le traitement de l’info et sa peur de déplaire au gouvernement. « Et ton ministre, Yacou, tu l’as informé de ce que nous préparons ? » demande Pascal, son rédacteur en chef. Mine de rien, voilà peut-être ce qui explique l’inertie de la TéNéBreuse.

Passent la mort du Commandant Moumouni, les deux guerres du Mali, l’assassinat de Thomas Sankara le 15 octobre et le livre se clôt sur le difficile parcours de Blaise Compaoré pour se tailler une stature d’homme d’Etat. A côté de ces grands événements, l’auteur raconte sa vie de journaliste, entre misère et grandeur, au cœur de l’actualité, avec ses doutes de jeune militant CDR, son révolte devant la mort d’un enfant, sa jubilation devant l’incendie de l’Observateur en 1987. C’est un examen sans concession de son passé, un bilan d’une grande honnêteté, il avoue ses errements et ses erreurs de jeunesse, son intransigeance de jeune révolutionnaire, lui qui vire sa cuti marxiste au lendemain du 15 octobre 1987 et retrouve la foi musulmane. Un chemin de Damas à rebours qui montre que la plupart des révolutionnaires n’en avaient que le vernis et explique la facilité avec laquelle les révolutionnaires d’hier se sont coulés dans le costume de démocrates libéraux après le 15 octobre.
Le récit n’est pas linéaire, c’est un puzzle qui fonctionne comme la mémoire, de manière aléatoire, par sauts de puces et retours en arrière, associations et ellipses. Ce qui donne à ce récit sa saveur de causerie au coin du thé, sa force d’aimantation et sa truculence. Quand il joue les grandes orgues patriotiques, il n’est pas très original tandis que lorsqu’il se laisse aller à gratter la douce corde du souvenir d’enfance, la mélodie est entraînante, on découvre un grand conteur qui a en lui quelque chose de l’humour d’un Kourouma ou d’un Lopès. De l’ironie à fleur de mot. Yacouba Traoré déploie une écriture fluide, économe mais très imagée, presque cinématographique. Ainsi on croit voir et entendre son père et son ami Solomani en train de se raconter l’histoire invraisemblable de la rencontre entre les généraux Sangoulé Laminana et Moussa Traoré et comment le Capitaine Ounsouho Charles Bambara évita que notre président fût capturé par l’ennemi. Il restitue avec saveur les dialogues, les postures, les pauses des deux amis dans la fabrication d’une légende.

Ce livre est un précis de journalisme, un roman de formation et un livre de mémoires. Il a le charme des albums de famille dont les photos en sépia réveillent la nostalgie et ramène au jour les figures et les histoires que le temps a estompées.
Yacouba Traoré est un journaliste de télévision qui a perdu la voix mais avec ce livre, on constate qu’il a compensé cette perte par une plume puissante, belle et exigeante. Il faut espérer qu’il ne la range pas après Gassé Galo et que d’autres œuvres vont suivre.

jeudi 14 février 2013

Enfin, une anthologie de la poésie burkinabè

Il était temps ! Longtemps snobée par les anthologies de poésie africaine malgré sa vitalité et son luxuriance, la poésie francophone du Burkina Faso a enfin son anthologie grâce au poète Pacéré Titinga et à l’universitaire Yves Dakouo. Intitulée « Poésie du Burkina, anthologie francophone », cette anthologie est un outil de travail incontournable et un mémento de la poésie nationale.

On doit l’idée de cette anthologie au poète Pacéré Titinga. Celui-ci i a constaté que la poésie burkinabé était quasi absente des anthologies de poésie africaine. Ainsi dans Anthologie de la littérature négro-africaine de 1918 à nos jours de Lylian Kesteloot qui reste un bréviaire pour les élèves et étudiants africains, il n’y a nulle trace d’un auteur burkinabé. Lorsque quelques rares anthologies prennent en compte la poésie burkinabé, elles ne mentionnent que l’incontournable Pacéré Titinga ou de temps à autre elles associent à celui-ci, le poète Jacques Guégané. Pourtant la poésie Burkinabè, même si elle repose en grande partie sur ces deux noms, se saurait s’y réduire. Car elle est riche de plus d’une centaine d’auteurs et de recueils poétiques. Malheureusement beaucoup de ses poètes sont méconnus et la plupart des recueils deviennent introuvables, quelques années après leurs publications. Aussi cette anthologie qui compte plus d’une soixantaine d’auteurs vient-elle réparer une injustice et offrir un outil de travail aux étudiants, chercheurs et aux amoureux de la poésie.
« Poésie du Burkina, anthologie francophone », est un outil incontournable désormais pour tous ceux qui veulent connaître le peuple des poètes du Faso. On y trouve en préambule « Une petite histoire de la poésie burkinabè » d’Yves Dakouo, fin connaisseur du fait littéraire national auquel il a d’ailleurs consacré un ouvrage de référence intitulé Emergence des pratiques littéraires modernes en Afrique noire. La construction d’un espace littéraire au Burkina Faso paru aux Editions Harmattan. Dans cette histoire de la poésie, Il présente l’évolution de ce genre, les influences des écoles poétiques et l’originalité de cette poésie.

Les auteurs de l’anthologie ayant préféré l’entrée par ordre alphabétique, les poètes ne sont donc pas classés par l’ordre chronologique des publications. Cependant chaque auteur a droit à une biographie expresse et à une rapide analyse de son art poétique, ce qui offre un éclairage et des clés de lecture des extraits retenus. Pour les auteurs les plus connus, l’analyse est plus élaborée et les extraits plus fournis. A tout seigneur, tout honneur ! Pacéré se taille la part du lion, suivi par J. Guégané, Bernadette Dao, Sophie Heidi Kam, Angèle Bassolet…
On y découvre aussi de poètes, parfait inconnus de la scène littéraire mais dont les textes sont de grande qualité. Tel le poème Blues de Balima Samba Alain qui est un haïku adamantin. En outre, on croise avec surprise des auteurs qui ont gagné leur notoriété dans le roman. Mais si leur plume est si sûre dans la prose, elle parait claudiquer sur le sentier neuf de la poésie. Comme l’albatros de Baudelaire, ces princes de la pose, on les découvre veules et gauches dans la poésie. Par contre, il est certains de ces romanciers qui fignolent les vers avec un égal bonheur. Aucun nom ne sera donné ici. A vous le plaisir de cette découverte !

Par ailleurs, cette anthologie est un grimoire, un livre magique qui ressuscite des voix éteintes et des poètes disparus. Ainsi l’anthologie débute avec Bationo Clément Odou, un enseignant de français, disparu prématurément, dont se souviennent certainement les anciens élèves du Lycée Ouezzin Coulibaly de Bobo des années 90. Ce petit homme, doux et paisible qui s’animait, s’enflammait lorsqu’il parlait de poésie. Ils se rappelleront certainement le manuscrit dont il les entretenait si souvent et auquel il cherchait un titre paronomase, oscillant entre leurres et lueurs (qui était déjà pris par BiraogoDiop), pleurs et fleurs et ils découvriront qu’il a opté pour Soupirs et sourires. Et beaucoup découvriront que Coulibaly Dieudonné, professeur d’EPS et metteur en scène de théâtre avait aussi la fibre poétique à travers son poème Silex. Comme ils découvriront que le poète militant Bamouni Paulin n’était pas seulement le chantre de l’engagement révolutionnaire. Si son cœur battait pour Lénine, il tambourinait aussi pour La fille noire des rivières à la lourde poitrine.Grâce à cette anthologie, toutes ces voix disparues nous parviennent comme les lumières des étoiles qui continuent à scintiller longtemps après que celles-ci sont mortes.
Enfin, en annexe, on a droit au Testament poétique de PacéréTitinga intitulé « Pacéré vu par Pacéré » où pour la première fois, le poète parle de lui-même en expliquant son cheminement de poète. A la troisième personne ! Un choix qui s’explique, selon Yves Dakouo par le fait que « cet homme qu’on dit souvent très mystérieux ne veut jamais parler de lui-même ; il est connu comme très fuyant ; homme du public, il n’aime pas le public ». On ne pensait pas le maître de la parole timide mais si l’autre le dit, c’est que c’est exact !

Ce testament poétique signe-t-il l’adieu du père de bendrologie à la poésie ? Après avoir gagné tous les grands prix de poésie de l’Afrique, fait membre de maintes sociétés savantes du monde, célébré dans le monde entier et unanimement salué par les poètes du continent tel leur Prince comme Mallarmé en fut le dernier en France, n’aurait-il plus de défi à relever ? Espérons que c’est juste un art poétique dévoilé mais que le poète ne met pas les voiles vers d’autres rivages autres que poétiques. Un tel destin rimbaldien est si loin de Pacéré.
Cette anthologie de poésie publiée par l’Harmattan est un ouvrage que tout amoureux des belles lettres doit avoir dans sa bibliothèque. Pour musarder dans les jardins des mots sonores, colorés et coruscants des poètes du Burkina.