Tout mur est une porte. Emerson

mercredi 20 juillet 2011

Le métier de critique ou la profession de mauvaise foi

Comment peut-on faire profession de critique ? Éreinter ou louer un film ou une pièce de théâtre sans être cinéaste ni homme de théâtre et n’en éprouver aucune gêne. Ne faut-il pas une bonne dose de culot et beaucoup de mauvaise foi?

Il nous est incompréhensible qu’un journaliste, honnête et bien dans sa tête, se fasse payer pour écrire des méchancetés ou pour vanter un film, une pièce de théâtre, un livre ou une sculpture sans être ni cinéaste, ni metteur en scène, ni peintre ni sculpteur. Imagine-t-on un journaliste se mêlant de chirurgie et donnant des leçons de manipulation de bistouri à un chirurgien de Yalgado? Le ferait-il qu’on le mènera fissa à l’asile attenant au bloc opératoire car on le soupçonnerait d’avoir péter un plomb et même le gros câble de la raison. Alors pourquoi ce qui n’est pas admis dans la médecine ou tout autre domaine l’est dans les arts ? Pourtant un journaliste peut juger de la qualité d’un tableau ou de l’art d’un peintre même s’il ne sait par quel bout on tient un pinceau ni l’art de composer les couleurs. Que l’on retrouve le même bonhomme dissertant de cinéma sans être cinéaste, de théâtre sans en connaître les ficelles et même de danse contemporaine tout en étant incapable d’esquisser le moindre pas, voilà un mystère qui nous laisse pantois.

Pour leur défense, les critiques disent qu’ils sont avant tout des spectateurs et en tant que tels, ils ont le droit d’émettre un avis sur un spectacle, dire le plaisir qu’ils ont eu ou l’ennui. Mais c’est oublier qu’un spectateur, un vrai confie ses impressions au petit carré de ses intimes, il ne le crie pas à des milliers d’exemplaires dans les journaux et dans tous les foyers qui ont une télé. En plus, d’après nos enquêtes, les critiques ne paient jamais de ticket pour voir un spectacle et on leur réserve toujours les meilleures places de sorte qu’ils ne perdent aucune miette du spectacle. Et après, ces messieurs ont le culot de cracher sur le spectacle qui leur a été gracieusement servi. Quelle ingratitude ! Imagine-t-on un convive qui quitterait la table à manger en traitant son hôte d’empoisonneur ? Même quand ils en diraient du bien, on pourrait douter de leur sincérité parce que la bouche ne mord pas la main qui la remplit.
Cependant, il faut aussi se demander si les artistes ne méritent pas les bâtons et les carottes avariées des critiques. Il nous est effectivement difficile de comprendre pourquoi un homme voudrait que le monde entier voie la petite chose qu’il a bricolée dans sa solitude. Il aurait pu le montrer à sa femme ou à ses voisins mitoyens mais voilà qu’il se pique de le faire admirer de tout le monde. Les invite-t-il à venir gratuitement admirer sa création ? Non, ils les obligent à payer pour ça et il voudrait que le zig qui a claqué son oseille et qui n’est pas satisfait se la boucle. Il faut bien que quelqu'un lui dise que sa chose-là est une merde. C’est le critique qui devient le porte-parole de tous les déçus, il les venge des petites arnaques des artistes. Là, ce n’est que justice ! L’artiste a l’ego aussi gros qu’un ballon à hélium et il faut de temps à autre le dégonfler avec l’aiguille de la critique, ça participe de la thérapie de groupe. Il devient artriste mais ça ne dure pas une seconde.
D’ailleurs, quand un critique vante le travail d’un artiste, eh oui, il y en a qui sont de véritables cireurs de pompes, celui-ci se met à parader comme un paon. Peu lui importe que ces louanges soient méritées ou pas. Il court achète le journal pour lui et pour tous es amis, découpe l’article comme une relique et le range religieusement dans son press-book. Pour l’artiste, le bon critique n’est pas celui qui connait bien l’art et qui en parle avec justesse, c’est simplement le journaliste flagorneur qui lui tresse des lauriers et satisfait son envie d’être caresser dans le sens du poil. Comme des enfants qu’il faut flatter pour qu’ils mangent ou dorment, ils ont besoin de paroles mielleuses…
Et le lecteur dans tout ça ? Il semble qu’une critique favorable amène rarement un lecteur au théâtre ou à un vernissage. Après le boulot, il reste en pantoufles devant sa télé ou il s’encanaille dans un bar, rarement il va au spectacle. Par conséquent les lecteurs n’attentent pas du journaliste qu’il écrive une vraie critique, docte, juste, non, ils veulent un bel article. Toute la nuance est là ! En lisant les pages culture de leur journal, les lecteurs espèrent trouver « une semonce vertement menée, ou le cas échéant, un panégyrique réchauffant, mais l’un et l’autre écrits d’un jet, sans nuance, avec la passion et l’injustice qu’il faut pour retenir un minute l’attention ». disait Pierre-Aimé Touchard, un critique passé à l’ennemi.

En fait, à discuter des faits et des causes à propos des critiques, des artistes et des lecteurs, on perd son latin et même sa raison parce que c’est un panier de crabes. De toute façon, comme au Burkina Faso, il n’existe pas des critiques, il n’y a aucune raison d’en faire tout un foin !

mercredi 15 juin 2011

Les déconnards de Koffi Kwahulé ou les affres de l'immigré

Avec Les Déconnards de Koffi kwahulé, mis en scène par Lamine Diarra, Aristide Tarnagda, auteur et metteur en scène Burkinabe, revient sur les planches comme comédien. Il campe avec brio un étudiant africain en exil. Le ton se fait tour à tour grivois, grave ou grinçant pour esquisser le portrait d’une Afrique vivante, rieuse mais ambiguë : celle que l’immigré porte dans sa mémoire comme on porte une amulette pour se prémunir du vide et de la solitude en Occident.

On voit souvent dans les zoos, un lion, l’œil mauvais tourner dans sa cage de fer en grondant puis s’allonger et fermer les yeux un instant. A son air d’abandon, au frémissement qui court sous sa robe fauve, on devine que son imagination l’a ramené dans la grande brousse, sur ses terres qu’il parcourait en maître, au temps de la liberté. Alors, sous ses lourdes paupières closes défilent les souvenirs de grandes chasses, les gibiers à la chair tendre et les batifolages avec la fratrie. A son museau qui palpite, on imagine que lui revient l’odeur enivrante et chaude de la savane, le lourd parfum des feuilles et d’herbes, des fleurs et de fruits, de terre et de pisse de bêtes qu’exhale le sol après la pluie.

Les Déconnards fait immédiatement penser à ce fauve encagé. Voir Aristide Tarnagda avec sa longue crinière de rasta évoluer dans un décor minimaliste, passant d’un divan-lit, d’une table d’étudiant à une chaise, un porte-manteau évoque un félin pris dans une cage de verre. Il campe un étudiant africain à Paris, un jeune homme qui perd jusque son identité dans l’exil. La concierge l’appelle « Monsieur ». Dans la mansarde où il vit, seul le passage régulier du métro interrompt le sépulcral silence qui y règne. Mais les grandes solitudes sont sœurs des grands silences seulement pour les ermites car eux ont choisi de se retirer de la communauté. Pour tous les autres, surtout pour l’exilé à qui la communauté d’accueil présente une gueule comminatoire et une porte close, la solitude accouche de grands soliloques. Parler pour briser le silence, parler pour convoquer la terre d’origine et peupler le vide. Alors « Monsieur » parle, il parle et peu à peu, le village de Djimi habite la chambre et ce morceau d’Afrique investit ce petit carré d’Europe pour en chasser la vacuité. Le village est là, avec ses histoires de chasse et ses bêtes qui parlent, ces mythes cosmogoniques et défile et se défie une galerie de personnages hauts en couleur : Douze, l’homme que la nature a doter d’un priapisme qui fait fantasmer les femmes, Dynamo, le séducteur qui attire les dames comme l’aimant la limaille et qui sème la zizanie entre les femmes de Djimi, et Alémand, l’ancien combattant qui se croyait ami de De Gaulle parce que celui-ci lui avait serrer la main avant de lui accrocher une médaille sur le poitrail et Gestapo, sa laideronne épouse qui défit le combattant Alémand et en fit un con battu, et le cousin de « Monsieur » dont la missive juxtapose un faire-part de décès et une requête pour une paire de tennis et un maillot Coq sportif. Et cela donne des morceaux de bravoure, des situations cocasses et hilarantes. Et la langue de Koffi Kwahulé ! Une langue succulente et truculente qui recèle d’images et de vitalité : le français ivoirien.

Koffi kwahulé qui est un amateur de Jazz écrit ses pièces comme un musicien compose des partitions. Et le corps du comédien tel un instrument de musique fait vibrer les textes. Aristide qui campe un asthmatique réussit à donner au texte de Kwahulé un air de sonate jouée sur un balafon qui aurait une ou deux palettes usées. Virtuosité, allegro et pianissimo. Quelque fois, quand survient la crise et que l’air se fait rare dans le corps, il en sort des notes étouffées, douloureuses comme surgies d’une palette désaccordée. Ce mono est un solo avec des moments superbes où la signification devient subsidiaire, l’émotion naissant de la musique du texte et non plus de son sens. Ainsi en va-t-il du match de football narré en Bissa. Pas besoin de comprendre la langue, on est sensible au vibrato de la voix de comédien. Les Déconnards est un texte qui déclenche l’hilarité à chaque instant comme un talk-show mais il ne faut pas oublier que les Déconnards est une voix d’outre-tombe, un verbatim post mortem. C’est une cassette audio qui rend la parole de celui qui est allé se jeter sous le dernier métro un soir de réveillon. Comme quoi, cette parole-là est un écho, la vibration d’une note qui flotte dans l’air longtemps après que l’instrument se soit tu ! C’est donc un ectoplasme de l'étudiant que nous voyons sur scène !

S’il fallait trouver une seule faiblesse à ce spectacle, ce serait sa longueur. A notre sens, il souffre d’un quart d’heure de trop qui installe la langueur au niveau du spectateur. La mise en scène gagnerait à resserrer le spectacle autour des moments de climax et ne pas se laisser prendre dans le vortex des mots de Kwahulé.

Avec les Déconnards, Aristide Tarnagda a réussi son retour sur scène comme comédien avec cette performance magistrale. Maintenant qu’il nous a prouvé qu’il reste un bon comédien, qu’il rejoigne derechef sa table d’écriture pour nous offrir des textes de son cru. Nous attendons impatiemment d’autres grands textes du jeune auteur prometteur de l’Amour au cimetière.
Saidou Alceny Barry

vendredi 27 mai 2011

Les voix du silence se font bruyantes au CITO

Les Voix du silence fut écrite en 1982. Trois décennies plus tard, on s’attendait à ce que cette pièce sente la naphtaline, pourtant elle est d’une telle actualité qu’on la croirait écrite en ce mois d’Avril. On y trouve tous les maux qui ont mené le Burkina aux émeutes de la faim : mal gouvernance, paupérisation des masses, arrogance des puissants, justice aux ordres…
La mise en scène fait cohabitée deux mondes. En haut celui des riches. En bas, les exclus. A la veille des élections présidentielles, Chef Adam, à la tête d’un méga parti rassemble son état-major composé de hauts fonctionnaires, d’hommes d’affaires, de chefs traditionnels pour un dernier grand meeting. Les pauvres d’en bas, dont les voix sont nécessaires dans ce système électoral sont courtisés. Les politiques consente à descendre dans la cours des miracles tenue par Ma Awa où vivotent tous les exclus de la cité. On leur propose des ripailles et des enveloppes d’argent. C’est au cours d’un meeting de Chef Adam que Oscar, le fils de l’homme politique viole Amicha, la fille de Ma Awa, entraînant la fureur des gens d’en bas. Cela va-t-il compromettre l’ascension de Chef Adam ?
Entre chants et danses, rires et coups de théâtre, le spectateur voit défiler une galerie de personnages inoubliables. Comme Chef Adam campé par Charles Wattara qui lui donne une infinité de nuances et d’ambiguïté : un tissu d’engagement, de cynisme, de gabegie et de grandeur. Ou l’avocat Bekolo, joué avec maestria par Gouem qui donne à ce passionné de justice, quelque chose de grotesque. Ou la mendiante aux jumeaux jouée par Olivia Ouédrago avec beaucoup de justesse de sorte que des spectateurs abusés lui jetaient des pièces comme aumône !
Les mises en scène de Prosper Kompaoré révèlent toujours le musicien et le géomètre qui se cachent derrière l’homme de théâtre. Chez lui, c’est la musique avant toute chose. En effet la musique est omniprésente dans Les voix du silence. On y chante, on y danse et on se croirait dans une comédie musicale tant les parties chantées du texte sont abondantes. En chef d’orchestre, il dirige à la baguette vingt-quatre comédiens dans une mise en scène réglée comme du papier à musique. Kompaoré a un compas dans l’œil tant la circulation et la disposition des comédiens sont calibrées au millimètre près. Jamais un comédien ne masque l’autre.
On rit beaucoup pendant ce spectacle. Mais si Prosper Kompaoré a choisi d’aborder son texte sur le mode comique, Les voix du silence n’est pas moins la pièce d’un moraliste désabusé. C’est un monde sans héros. Aucun personnage n’est un modèle de vertu dans cette pièce. Ni dans le camp de Chef Adam ni dans celui des mendiants. Chef Adam est élu malgré son passé trouble, justice ne sera pas rendu à Amicha parce que les gens d’en bas préfèreront un règlement à l’amiable. Dans ce pays, les fils violent les filles de sorte que l’avenir ne peut accoucher que de monstres. Les Voix du silence sont les voix de notre apocalypse.
Pourtant dans le théâtre de Kompaoré, il n’y a ni épate, ni sein dénudé, ni obscénité, juste une mise en scène respectueuse du texte et du spectateur qui déroule son bouquet de chants, de danses, de rire et d’émotion tout en faisant la radioscopie d’une société qui va à vau-l’eau. L’aîné en investissant le CITO qui apparaît comme la scène des jeunes créateurs Burkinabé avec une telle mise en scène leur démontre que le théâtre peut être subversif sans tomber dans la vulgarité. Et c’est une leçon qui vaut son pesant d’or.
Malraux disait dans un essai portant le même titre que le texte de Kompaoré, Les voix du silence que « Les grands artistes ne sont pas les transcripteurs du monde, ils en sont les rivaux». Il serait plus juste de dire en ce qui concerne Les voix du silence de Prosper Kompaoré que c’est le monde réel qui avait trois décennies de retard sur la fiction dramatique.
Saïdou Alcény Barry

lundi 9 mai 2011

Intellectuels africains et crise ivoirienne: la défaite de la pensée?

La crise ivoirienne a mis à nu l’impuissance des politiques africains à résoudre les situations conflictuelles sur le continent. Elle a aussi révélé que les intellectuels africains, pris dans le nœud de leurs contradictions, n’ont pas brillé par la lucidité et la force de proposition que l’on attendait d’eux. Voyage au pays de l’intelligentsia africaine dans sa diversité et ses divergences.

Les intellectuels mutiques

Dans la crise ivoirienne, il y a des intellectuels qui ont réussi la prouesse d’abdiquer ce qui fait substantiellement l’intellectuel, c’est-à-dire la prise de parole. Ceux qui ont fait vœu de silence dans cette crise, ce sont surtout les intellectuels Burkinabé. Nous n’avons pas entendu le Forum des artistes et des intellectuels, cette coalition qui ambitionne de se positionner dans le paysage africain comme un interlocuteur incontournable et une force de propositions dans la conduite des affaires africaines. Même à titre individuel, aucun franc-tireur n’a pipé mot. Ce mutisme est peut–être dû à la peur de ces leaders d’interférer dans les actions de médiation du Président du Faso ou crainte qu’une prise de position n’entraîne des exactions contre les cinq millions de compatriotes, la plus forte communauté étrangère vivant en Côte d’Ivoire. Quelles que soient les raisons de ce mutisme, ce silence jette un discrédit sérieux sur la capacité de nos intellectuels de s’abstraire des atermoiements pour être une instance de questionnement de nos politiques et de la marche du continent. Malgré ce silence ou peut-être à cause de lui( si nous voulons être cynique), des monceaux de cadavres de Burkinabé ont jonché les rues d’Abidjan et d’ailleurs. Et se taire c’est couvrir ces morts du linceul de silence. Dans cette crise, les Burkinabe ont été les spectateurs obligés des meurtres et des pogroms grâce aux médias ivoiriens et français : jamais nous n’avons été condamnés à tout voir sans rien savoir. Combien de nos compatriotes ont perdu la vie dans cette crise? Nul ne le sait parce que les politiques n’ont rien dit et les intellectuels n’ont rien demandé. Elie Wiesel disait : « Le bourreau tue deux fois. La deuxième fois par le silence ». Même si nos intellectuels ne sont pas comptables de ce qui s’est passé, on peut leur reprocher d’avoir raté une bonne raison de se faire entendre !

Les imposteurs ou pseudo-intellectuels

Les désastres politiques sont comme les grandes putréfactions, ils attirent les charognards. Et la crise ivoirienne, à cause de sa forte médiatisation, a attiré des individus en mal d’exposition médiatique. Aussi des pseudo-intellectuels qui étaient au creux de la vague ont voulu utiliser la crise ivoirienne comme un trampoline pour revenir sous les projecteurs. Calixte Beyala dont les derniers romans ont paru dans l’indifférence générale a endossé opportunément le rôle de la pasionaria de la cause ivoirienne. Courant les plateaux télés, elle dénonce l’ingérence française et prétend défendre la légalité qui se trouverait du côté de Gbagbo. Mais elle a desservie la cause de Gbagbo par l’incurie de son argumentaire, ses interventions dévoilant une méconnaissance abyssale du paysage politique et des textes constitutionnels du pays. Comme quoi, on a beau savoir fabuler dans le roman, la réalité politique ne se laisse pas enfermer dans la fiction et la romancière camerounaise l’a appris à ses dépens.


Les intellectuels partisans :

Une autre espèce d’intellectuels est celle des partisans. Ils ont rejoint un camp et ont mis leur plume et talent au service de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara. On nous dira que l’engagement procède toujours d’un enrôlement dans un camp. Bien sûr mais le Camp du Capitaine Dreyfus fut le camp du droit et de la justice ! Ici, les choses sont moins tranchées. S’il y a une minorité qui a opté pour Gbagbo ou Ouattara pour des calculs mesquins de positionnement, la plupart de ces intellectuels partisans ont été abusé par la complexité de la crise ivoirienne avec son bal masqué : l’ancien colonisateur joue le parangon de la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire tout en maintenant des despotes tout autour de ce pays. C’est par conséquent le combat contre la Françafrique qui a biaisé le débat et obscurci la lecture de la crise ivoirienne. De sorte que les anticolonialistes se sont rangés du côté de Gbagbo par pis-aller. Alassane apparaissant comme un outil entre les mains de la métropole.
Au Forum des altermondialistes de Dakar, de manière générale, les intellectuels se sont rangés du côté de Gbagbo qui représente le combat contre la Françafrique. Alassane est taxé d’ennemi parce que libéral, ami des puissants du monde et des institutions financières telles le FMI et la Banque mondiale, ces pilleurs du continent. Entre l’ami d’Occident et le professeur qui défia Houphouet-Boigny le suppôt des basses besognes de la France sur le continent, les altermondialistes ont choisi le leur !
D’autres ont eu une posture plus inconfortable. Aminata Traoré, mue par son combat anti-colonialiste s’oppose à l’ingérence française tout en esquivant le débat de fond sur la crise ivoirienne. On comprend qu’il lui est intolérable de voir la Force Licorne et surtout Sarkozy dont on se souvient du discours raciste de Dakar jouer les sauveteurs de la démocratie dans une crise où la France ne peut montrer patte blanche. Mais la logique du combat contre la France peut-elle justifier que l’on ferme les yeux sur les dérives du régime de Gbagbo ? Nous pensons que non ! Elle peut autoriser la colère et l’indignation. Pour Sénèque, elle est indigne du philosophe et du sage. Mais l’indignation est une réaction organique, elle donc est légitime. Mais pour qu’elle trouve un sens, il faut qu’elle s’accompagne d’une analyse lucide. C’est la lucidité qui fait l’intellectuel et elle a manqué à tous ceux qui, sous le couvert du combat anti-colonialiste, ont absous Gbagbo et cautionné son rapt électoral.

Les intellectuels sceptiques.

Ce sont ceux qui ne donnent pas un blanc-seing à l’ONU, ce gros machin aux mains de la communauté internationale. Ces intellectuels restent circonspects sur les résultats des élections parce qu’ils pensent que l’ONU n’est pas une structure indépendante, qu’elle est aux ordres des plus puissant. Ils rappellent ses positions ambiguës au Congo dans l’assassinat de Lumumba, sa passivité dans le génocide rwandais, et les élections contestées qu’elle a organisées en Afghanistan. C’est particulièrement l’insolence du représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire se comportant en gouverneur d’un territoire conquis qui les ulcèrent au plus haut point. L’écrivain guinéen Thierno Monénembo incarne ce courant qui entend questionner toutes les procédures électorales. Ils ne sont ni pour Alassane qu’il taxe de sécessionniste, ni pour Gbagbo qui a confisqué le pouvoir ni pour Bédié qui a conçu l’ivoirité. Ce fut un courant minoritaire mais qui a une analyse qui vaut qu’on s’y arrête.

Les intellectuels incorruptibles

Il faut entendre ce terme au sens d’une analyse qui demeure dans la constance, suit un cheminement logique que le temps n’infléchit pas mais approfondit, que les idéologies n’édulcorent ni ne forcissent. Nous pensons que la réflexion d’Achille Mbembé est de celle-ci. On peut moquer sa conviction plein de candeur que l’outillage juridique doit précéder le geste politique et son moralisme mais on ne peut que reconnaître la pertinence de sa réflexion. Il est un des rares intellectuels avec Théophile Abenga à condamner l’intervention de l’ECOMOG, à préconiser que l’Unité africaine se dote de textes juridiques pour baliser les interventions militaires dans un Etat membre et à répéter que les crises politiques sur le continent doit être résolu par les Africains. Et nous pensons qu’il est dans le vrai.


Cette crise a révélé les contradictions qui secouent la communauté des intellectuels partagés entre l’alignement sur les politiques, les errements partisans et les argumentaires en déphasage avec la réalité africaine. Néanmoins, quelques-uns posent parfois le bon diagnostic mais évitent de proposer la bonne médecine. Car s’ils reconnaissent à l’unanimité que la démocratie est à la source de tous les maux sur le Continent, la plupart proposent de repenser celle-ci en tenant compte du contexte africain. Nul ne remet en cause l'option démocratique. Est-ce parce que rejeter ce système politique promu par l’Occident les priverait de toute tribune et les condamnerait au silence. Ambiguïté de l’intellectuel africain qui veut tenir un discours de vérité sans incommoder « la bien pensance » internationale ?
Barry Saïdou Alceny

dimanche 3 avril 2011

Création littéraire : Inspiration ou transpiration ?

L’artiste inspiré, dont les œuvres naissent sans effort semble un mythe qui a vécu. Aujourd’hui, nombre d’écrivains, et pas des moindres ne cachent pas que les livres naissent d’un grand labeur. Alors l’écriture, inspiration ou transpiration ?
Longtemps les écrivains ont contribué à bâtir cette image d’Epinal du poète inspiré, dont les vers sont soufflés par des Muses ou par une transcendance. Il y avait de la coquetterie à parler de l’art comme chu du ciel comme les révélations de prophètes. L’écrivain étant l’égal du prophète, son langage est sacré et recèlerait de profondes vérités sur le monde. Hugo se prend pour un mage, Rimbaud se fait voyant, Paul Valery pensait que le premier vers était « enthousiaste » c’est-à-dire un don divin. Mêmes les romanciers se glissent dans ce mythe et parlent de fulgurance, d’œuvres qui s’écriraient d’elles-mêmes, des personnages qui mèneraient l’histoire. Comme si le roman aussi était donné par des instances supérieures. Ainsi Julien Gracq, Paul Auster, et maints autres prosateurs perpétuent ce mythe.
Par conséquent, l’arrière-boutique où l’écrivain fabrique ses vers ou ses phrases doit être caché au public. Il y a de la gêne à évoquer le travail souterrain de l’écrivain, car le génie ne sue pas à la tâche. Le quidam doit ignorer que l’écrivain est un forçat de la plume. Aussi ceux qui ne cachent pas qu’ils travaillent quotidiennement et ardemment sont suspectés de manquer de talent. Honoré de Balzac et Alexandre Dumas, ses grands scribouillards qui inondent la presse de feuilletons, qui ont un rythme de parution infernale ne sont pas considérés comme des créateurs, ce sont des…producteurs de prose.
Mais à partir du 20ème siècle il y a un changement de perspective. L’image de l’écrivain bohème, illuminé, vagabond céleste se lézarde. Le travail est une valeur. Un homme doit produire. Ne plus se croiser les doigts en attendant que la Muse ou le ciel veuille bien souffler à l’écrivain son œuvre. Aussi l’écrivain se veut un travailleur comme tout autre. « L’inspiration, c’est une invention des gens qui n’ont jamais rien créé. Nous entretenons la légende pour nous faire valoir, mais entre nous, c’est un bluff. Le poète ne connaît que la commande. », déclare Jean Anouilh.
Maintenant les écrivains affirment qu’il n’est pas nécessaire d’avoir du talent, la volonté et la persévérance suffisent. Aussi le dernier Nobel de littérature, Mario Verga Llosa, a rendu un vibrant hommage à Flaubert pour son… manque de talent :
« Il m’a appris que lorsqu’on n’a pas reçu le talent de manière innée, qu’on n’est pas spécialement doué, il faut se construire soi-même son propre talent par la discipline, la persévérance, la patience, l’autocritique. Lorsqu’il a commencé, il en était dépourvu. Il a été un fanatique du travail. Ce fut déterminant dans ma vocation d’écrivain. J’ai persisté et, si je suis là, c’est grâce à son exemple. »
Patratra ! L’écrivain dégringole de son piédestal. Il redescend sur terre. Devient un ouvrier du langage, un artisan qui cherche, tâtonne, bricole et qui, petit à petit arrive à se faire la main et à fabriquer des livres qui plaisent. D’ailleurs, cette conception de l’art d’écrire n’est que le juste retour aux choses parce que poète vient de poeïen qui signifie en grec, " faire ", " fabriquer ». Donc, dès l’origine, le poète et le romancier ne sont que des fabricants de langage.
En vérité, un écrivain, c’est un séant vissé sur un tabouret pendant des heures, un stylo qui noircit sans arrêt les pages blanches d’un carnet pour la vieille garde ou des doigts qui courent et s’ankylosent sur le clavier d’un PC pour les jeunots, chaque jour, chaque nuit. Ce sont aussi des ratures, des biffures, des réécritures, encore et encore jusqu’à ce que émerge un texte publiable. Et cela, tous les hommes de bonne volonté peuvent le faire.
N’est-ce pas pour ça que dans les universités américaines, il y a des cours et des ateliers d’écriture pour apprendre à écrire et à en vivre. On devient écrivain comme on devient pilote, médecin ou danseur…par l’apprentissage !
De nos jours, il y a une nouvelle race d’écrivains qui refusent de transpirer pour faire des livres. Ils utilisent… des nègres ou pillent les œuvres des confrères. Le journaliste- animateur-écrivain PPDA est accusé d’avoir plagié une centaine de pages à la biographie consacrée par Peter Griffin à l’auteur du vieil homme et la mer. Une célèbre écrivaine Franco-camerounaise dont j'ai oublié le nom traîne une sulfureuse réputation de plagiaire.
La République des lettres est désormais ouverte à tous les scribouillards de la terre.

vendredi 1 avril 2011

Haroun Mahamat Saleh au Fespaco 2011 : Beaucoup de bruit et de fureur…pour rien.

Mahamat Haroun Saleh n’est pas seulement venu au Fespaco 2011 avec un long métrage « Un homme qui crie », il fut lui-même un homme en colère, pestant et tonnant contre tout et contre tous. Sus au Fespaco ! Haro sur les cinéastes africains ! Le Réalisateur est-il sincère dans ses colères ou est-il juste un baladin qui fait son cinéma ? Tout ce raffut participe-t-il d’une opération de communication ?
Haroun Mahamat Saleh, c’est un réalisateur qui entretient son image, plus particulièrement la moustache qu’il a bien fournie. Comme Nietzsche. Comme Staline. Il y a effectivement en Haroun, le dur désir de durer, d’entrer dans l’histoire du cinéma africain par tous les moyens, fussent les moins cinématographiques… D’ailleurs, il ressemble aux deux célèbres moustachus par son autoritarisme, ses colères et la haute idée qu’il se fait de sa personne. Mais si Nietzsche a reformulé le propos philosophique, et si Staline a permis l’industrialisation de l’URSS, lui n’a pas changé grand-chose au cinéma africain. Toutefois, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que c’est un bon réalisateur qui essaie de théoriser sa pratique. Ce qui est rare dans le cinéma africain.Ses films sont bien construits. Surtout Darrat, saison sèche qui est un film magnifique et troublant. Quant à « Un homme qui crie », c’est très loin de la force du cri d’Edvard Munch, il n’ébranle ni le tympan ni la rétine encore moins le coeur du spectateur. C’est un film de facture modeste, très modeste. Nous y voyions un remake sans génie de « Tilaï » d’Idrissa Ouédraogo, l’objet du conflit entre le père et le fils n’étant plus la jeune fille comme dans « Tilaï » mais le boulot, et le village est remplacé par un hôtel ! N’est-ce pas cette dette à Idrissa Ouédraogo qui a amené notre réalisateur à assener de manière très péremptoire qu’ « il n’y a plus de cinéma au Burkina depuis que Idrissa ne tourne plus » ?
En vérité, le cinéma de Mahamat Haroun Saleh, ce n’est pas la révolution artistique comme il veut bien le croire. On lui reconnaîtra d’avoir instiller la lenteur, la langueur dans le cinéma africain mais il suit en cela un Abderhamane Sissako, dont il est l’élève. Ce qu’amène véritablement Haroun dans le cinéma africain, ce sont de longs plans-séquences d’hommes en larmes. En somme, c’est un cinéma dévirilisant qui promet une esthétique de la larme et de la morve.
Il n’est pas maître de cinéma mais indubitablement il l’est dans les poncifs qu’il débite en tranches bien carrées comme un charcutier équarrit avec assurance ses carcasses sur le billot. Parlant de son cinéma, Haroun Saleh dit : « En Afrique, la parole est mensongère. C’est une parole d’apaisement qui n’est pas crédible. En Occident, la parole est crédible. C’est pourquoi mon cinéma ne reprend pas cette parole ». Voilà la spécificité de son cinéma! Mais Abel Gance tient ce propos, un siècle avant notre génial réalisateur dans La musique de la lumière : « je ne cesse de le dire : les paroles dans notre société contemporaine ne renferment plus la vérité(…). Le cinéma est né dans cette nécessité ».
Ainsi malgré la solennité du ton et l’emphase du propos, Haroun Saleh ne fait que réinventer la roue ou enfoncer des portes grand ouvertes. D’ailleurs, pas besoin d’être une lumière pour savoir que le cinéma fut d’abord sans parole avant d’être parlant. Donc, ontologiquement, la parole est toujours subsidiaire au cinéma. Haroun Saleh, en théoricien du cinéma ressasse des évidences et des lieux communs.
Il nous semble que le prix du jury obtenu à Cannes par « un homme qui crie », le seul film africain en sélection à ce festival a gonflé l’égo du réalisateur comme une Montgolfière. Convaincu d’être le meilleur cinéaste du continent, l’homme n’a que mépris pour la filmographie du continent. Il conteste la sélection du Fespaco 2011 et en veut au festival qui a eu l’outrecuidance de ne pas lui présenter ses lettres de contrition pour ne lui avoir pas réservé une suite à l’Hôtel Indépendance-Azalaï avec Jacuzzi, champagne et cigarillos cubains offerts. Aussi, dans une interview accordée à Africultures, il dit amer: « Alors que l'organisation nous avait annoncé qu'on allait être logés à l'hôtel Indépendance, cela n'a pas été le cas. »
Toute cette déferlante de fureur contre le Fespaco pour une histoire de chambre ! Plus sérieusement, tout le monde sait que le Fespaco n’est pas parfait. Ce festival souffre de lourdeur administrative et a besoin d’un statut particulier pour échapper à l’immobilisme des structures étatiques. Mais faut-il pour autant appeler à un boycott des réalisateurs pour le couler comme le souhaite Haroun ? Ce festival existe par la volonté des artistes africains et de la diaspora d’avoir un festival à eux. Et le sieur Haroun Saleh, s’il ne souffre pas d’amnésie, devrait se rappeler qu’il doit sa notoriété de cinéaste au Fespaco, ce qui lui permet aujourd’hui de gravir les marches de Cannes, la moustache au vent. Mais comme dit le proverbe turc : « Quand la hache s’attaque à la forêt, les arbres disent que le manche est un des leurs"
Finalement le Fespaco 2011 a eu le mérite de nous faire découvrir le réalisateur Tchadien. On le croyait fait d’une pièce, conséquent et profond, on est déçu de constater qu’il est comme une image de cinéma : de loin, il y a l’illusion du relief mais à trop s’en approcher, on découvre qu’elle est plate, sans épaisseur.Décevant!

Saïdou Alcény Barry

vendredi 18 mars 2011

8 mars : Mes héroïnes ordinaires.

I. Quatre coureuses dans la nuit
Il est minuit passé. Un léger vent souffle mais le bitume dégage toujours la chaleur accumulée dans la journée. Sur l’échangeur de l’Est, sur le terre-plein central, quatre adolescentes trottinent. Dégoulinantes de sueur, le visage déformé par l’effort, elles apparaissent et disparaissent entre les faisceaux des lampadaires. Elles s’entraînent pour les concours de recrutement de la fonction publique, vêtues de robes, des pagnes et des tongs. Pourtant un t-shirt, un short, des sandales sont plus seyant pour le footing. On trouve partout les maillots et les tennis grâce à la Chine qui inonde nos marchés de ces produits et les petits vendeurs ambulants les cèdent pour presque rien. Mais ce semble un bien grand luxe pour les parents de ces adolescentes. Assurer le repas quotidien, payer la scolarité, voilà leurs préoccupations. Aussi, ces jeunes filles sont-elles obligées de courir la nuit dans leurs pagnes. Cachant leur indigence dans le manteau de la nuit, loin du regard des citadins. Elles portent pourtant des rêves simples: être soldat, gendarme, policier, institutrice ou infirmière pour rompre le cercle de la misère. Pour que leur progéniture ait du pain et du linge. Et ne se cache plus pour faire du sport par manque de chaussures, de shorts et de T-shirts. Leurs foulées ne sont pas légères, elles martèlent le bitume comme leur cœur cogne dans la poitrine : avec la rage de changer de condition. Au carrefour, elles tournent vers Bendoogo, l’obscurité les happe…
II. Les balayeuses de la cité
Sur De Gaulle, il est quatre heures. Le matin se débat pour sortir de la gueule de la nuit mais les mâchoires obscures ne veulent lâcher leur étreinte. Un muezzin, sûrement irrité de sortir des draps avant d’avoir épuiser son provision de sommeil hurle sa colère dans les haut-parleurs. On distingue des silhouettes ployées sur le trottoir. Ce sont les balayeuses de la cité. La brigade verte. Parmi elles, deux vieilles femmes avec des gestes lourds. Elles ne portent ni masque ni gant. Juste un foulard pour cacher les cheveux. Les balais soulèvent des nuages de poussière qui les cernent. Chaque jour, la poussière s’engouffre dans la gorge, dans les poumons, dans les yeux. Elles s’enrhument, larmoient, toussent. Une ordonnance pourrait engloutir toute la paie. Mais pour elles, c’est du pain bénit. La maigre paie mensuelle est vitale pour améliorer l’ordinaire à la maison. Même malade, il faut venir faire sa peine. Souvent, on voit une balayeuse qui, prise de malaise, est assise ou allongée sur le bitume. C’est à ce prix-là que les artères de Ouagadougou sont propres chaque matin.
III. La vendeuse de légumes.
L’aube n’a pas encore lapé les dernières flaques d’obscurité. Il est cinq heures. Fanta entre à Ouagadougou endormie sur son vélo. Des corbeilles pleines de légumes et de fruits empilées sur son porte-bagages. Une charge trop lourde pour cette mère d’enfants si fluette. Dents serrées, ses maigres jambes appuient sur la pédale de toute leur force, la bicyclette avance péniblement. Chaque semaine, elle se lève avant le chant du coq, enfourche son vélo, roule quarante kilomètres pour venir dans la capitale vendre les produits de son potager. Des laitues, des poivrons, des courgettes, du haricot vert…des produits qu’elle ne mange jamais. Ni ses enfants. Des légumes pour les gens de la ville. Elle connaît le prix de son travail, elle en sait les sacrifices mais face aux revendeuses de Ouagadougou, elle est désemparée. Elle ne peut obtenir un bon prix. Aussi cède-t-elle sa provision pour n’importe quelle somme qui résout les urgences du moment telle une ordonnance à acquitter, un crédit à solder, du pétrole à acheter, un baptême à saluer, etc. Elle ramènera du café moulu pour son mari. Et Elle le retrouvera toujours dans ses couvertures, endormi.

Alcény Saïdou Barry