Tout mur est une porte. Emerson

mercredi 27 août 2014

Jacques Boureima Guégané: « Je n’ai jamais pris la poésie au sens strict de littérature»




Jacques B. Guégané est un des plus grands poètes du Burkina Faso. Il est auteur d’une œuvre parcimonieuse mais forte car il a réussi à se défaire du beaucoup pour ne garder que l’important. C’est un homme qui s’épanche rarement dans les médias ; il pense que l’artiste doit se taire et laisser entendre la voix de l’œuvre. Exceptionnellement, pour la première fois, il  brise le silence et nous parle de sa conception de la littérature empreinte de spiritualité.

-       L’Observateur Paalga (L’Obs) : Qu’entendez-vous par poésie ?

Jacques Boureima Guégané (J.B.G) : J’éprouve des difficultés quand j’essaie de dire ma conception de la poésie. Car les notions sont installées et il est difficile de revenir là-dessus. Je n’ai jamais pris la poésie au sens strict de littérature. Pour moi, c’est un genre de langage, une espèce de portail qui me permet de découvrir le monde. Et si au bout de cette découverte, il y a quelque chose qu’il faut retenir pour ma communauté, c’est cet aspect de  nouveauté qui est pour moi la poésie. Nouveauté au sens de création. La création peut être une découverte ou une invention et cela ne s’applique pas uniquement au genre littéraire, c’est plutôt une démarche, une action qui fait surgir dans le monde apparent, sensible quelque chose d’inconnu.

-       L’Obs : Comment  caractériserez-vous vos œuvres ?

J.B.G : Mes œuvres se caractérisent comme poésie en mouvement et une poésie du mouvement. Quand je dis poésie en mouvement, c’est en tant que langage, c’est comme les mathématiques  ça entre dans le domaine des signes ; comme  Ferdinand de Saussure définit la linguistique comme la vie des signes. Et c’est une véritable vie car la langue naît, vit, meurt. Ce qui est important dans le langage, dans le signe, c’est qu’il n’existe pas pour lui-même, il renvoie toujours à autre chose. Et ce renvoi-là, tant qu’on n’atteint pas la réalité de référence est toujours en activité. Ce qui fait que l’on peut parler de l’arbitraire du signe parce que tout ce qui existe renvoie toujours à quelque chose qu’on ne voit pas ou qu’on peut découvrir ; c’est une démarche inépuisable tant qu’on reste dans un monde multidimensionnel car nous ne savons pas ce qu’est le monde et nous ne savons pas c’est qu’est la vie.

-       L’Obs: Comment le texte La guerre de sables a été écrit ?

J.B.G: J’ai essayé de figurer le processus initiatique qui est toujours sous forme de voyage. Dans tous les sens : physique, d’un lieu à un autre, voyage psychologique, voyage mental, ce peut être une modification d’état de conscience, par exemple l’extase sous toutes ses formes. J’ai donc pris la figure de la relation homme-femme. Les deux personnages sont au début dans une région aride (un domaine des sables) et la femme, selon le préjugé dû à ma culture, n’aime pas cet environnement ; elle revient au Sud, perçu comme lieu de fertilité et d’abondance. Apparemment elle refuse cette initiation. Après la rupture, une délégation du Sud vient pour voir ce qui s’est passé. De l’autre côté, la femme s’est rendu compte que malgré tous les rituels, elle n’est pas féconde. Elle décide, en accord avec sa communauté, de repartir au nord. A son arrivée, le jeune homme n’est plus là, son père l’a obligé à aller plus haut pour continuer son initiation. La femme, sans se décourager l’attend et suit mentalement son évolution. Voila une façon de figurer cette initiation.
Mais le fait veut que le Nord soit plus spirituel que le Sud devrait être revues, cette façon de diviser le monde ou le corps ne me semble pas juste. Il y a toujours un lien entre l’esprit et le corps. Cette initiation finit par révéler l’unité de l’homme et de la nature. C’est une façon de revisiter les mythes et de me les approprier. Je pense que dans l’initiation, c’est le premier pas qui compte et elle ne finit jamais. C’est une démarche quotidienne…Le même personnage se métamorphose en multiple et le multiple se métamorphose en l’un.
Pour la plupart des autres textes, c’est à peu près la même chose.

-       L’Obs: Combien de temps dure l’écriture d’une œuvre ?

J.B.G : C’est difficile de situer exactement ce qui  amène à commencer une écriture parce que le besoin de revisiter les mythes est une démarche de tout instant. Ce qui fait que n’importe quel évènement, n’importe quelle perception peut être un déclencheur. Maintenant il s’agit de savoir comment partir…
On peut être en train de courir et une idée vous traverse, vous décidez d’en faire une image, vous lisez, une formule  vous frappe et vous voyez si cela ne peut pas exprimer ce que vs sentez. C’est comme si on croyait à un certain magnétisme de l’événement qui attire à lui les idées. C’est comme si les idées voyageaient.
Et puis je laisse le temps aux choses de s’agréger ; quelquefois la structuration se fait au fur et à mesure, il y a aussi une phase de documentation. Je n’écris jamais d’affilée, c’est plutôt par morceau. Par exemple,  la rédaction de l’An des Criquet m’a au moins pris vingt ans. Je l’ai commencé à Ouagadougou en 1981 et j’ai continué à Lomé où je suis resté six à 7 ans et je l’ai fini à mon retour à Ouagadougou. Ce qui fait que je l’ai publié en 2001. Est-ce que c’est fini ? Je ne le sais pas.

-       L’Obs : Comment vous écrivez, dans quelles dispositions ?

J.B.G : Je crois que je n’ai rien de particulier parce que je peux écrire à tout moment. Je peux être inspiré pendant que je marche, pendant que je cause avec des gens la gestation peut se faire. En général, je n’éprouve pas une poussée qui me force à écrire. Au début, je pensais que je pouvais écrire quand je le voulais, mais je peux vivre sans écrire, car je ne sépare pas l’écriture de ma vie.
La création exige de la patience pour que les choses atteignent une certaine maturité, ça rend facile la création. Il m’arrive de prendre beaucoup de notes, ça peut être un vers mais quand je dis vers, c’est parce que je cherche à la fois le rythme, la prosodie, les images. Quand je me mets à écrire, il s’agit alors de savoir comment placer mes notes. Comme dans un jeu de scrabble, dès que vous placez le premier mot, la première phrase, les autres éléments s’organisent en fonction. Mais ce qui est important, c’est la logique, la cohérence pour que ce soit une œuvre pensée. Il y a toujours une logique qui fait qu’une œuvre est œuvre même si ce n’est pas la logique occidentale. Lorsqu’on pense avoir posé l’essentiel, on passe au travail de nettoyage…

-       L’Obs : Avez-vous un feed-back de vos œuvres ?

J.B.G : Oui, il y a des études universitaires de George Sawadogo, de Valentin Traoré et des travaux d’étudiants sur mes textes.
Mais les aléas de l’édition font que les œuvres sont introuvables et les gens n’ont pas un contact direct avec l’œuvre et se contentent souvent des commentaires sur l’œuvre. On dit que l’œuvre est hermétique et quand ce mot est lâché, on ne peut plus entrer en résonance avec l’œuvre… Ensuite je n’ai pas de préjugé sur le lexique : qu’il soit technique, ethnographique, pour moi, c’est la place du mot qui importe. L’espace et le temps ne comptent pas en ce qui concerne le lexique. Il ne me gène pas de parler le lama (ndl : mammifère ruminant des Andes) dans un poème sur l’Afrique. Je crois que l’insolite est plus signifiant que les mots du quotidien.
Et je pense que lorsque l’on veut créer du nouveau, il faut aussi de nouveaux instruments. La poésie exige un nouveau langage. Par exemple, la femme peut être comparée à un trou (dans un sens voudou), à une tombe, à un sanctuaire, à un autel et il faut accepter…
Ce feed-back fait partie du texte, est utile au texte lui-même et il faut laisser le texte se défendre lui-même.

-       L’Obs : Quels ouvrages lisez-vous actuellement ?

J.B.G : Je fais souvent de la lecture utilitaire. Actuellement je relis des textes sur la cybernétique La Cybernétique et ses Théoriciens de Léon-Jacques Delpech et La Puce et les Géants de Eric Laurent parce que je m’intéresse actuellement à la numérisation et je fais des recherches sur Internet autour de la Svastika qui est le symbole hindou de la bonne fortune et du mouvement (ndlr : la croix gammée des Nazis s’inspire de la svastika).

-       L’Obs : Quels sont les trois ouvrages que vous emporterez dans une retraite ?

J’emporterai toute la poésie de Saint-John Perse, La Poésie de l’Extase et le pouvoir chamanique du langage de Stéphane Labat et La Métaphore vive de Paul Ricoeur.

Saïdou Alcény BARRY

Les Œuvres  de l’auteur
Le Pays disparu, Présence africaine n°78, Paris, 1971
La Guerre des sables, Presses africaines, Ouagadougou, 1979
Nativité, NEA, Dakar, 2001
L’An des criquets, L’Harmattan, Paris, 2001
En mémoire d’un tambour de guerre, Découvertes du Burkina, Ouagadougou, 2003
Chanson du mal inconnu, Découvertes du Burkina, Ouagadougou, 2004

        


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jeudi 7 août 2014

Aristide Tarnagda : « J’écris où l’envie me prend.»




Aristide Tarnagda est un comédien, metteur en scène et dramaturge burkinabè.  Ses pièces sont jouées au Canada, en France, au Mexique et en Afrique. Il développe un théâtre de la marginalité qui donne la parole aux sans-voix (émigrés, chômeurs, loosers) à travers une écriture contemporaine verte, sans afféterie et d’une grande poésie. Aristide Tarnagda nous explique les secrets de la création dramatique.
 
L’Observateur Paalga (l’Obs) : Y a-t-il un endroit et des moments précis où vous écrivez ?

Aristide Tarnagda : J’écris où l’envie d’écrire me prend. J’écris en jouant aux cartes. J’écris en répétant une pièce. Au préalable je jette quelques mots sur  des bouts de papiers, sur mon téléphone ou mon ordinateur ou tout simplement dans un coin de ma tête…  Jusque-là je n’ai pas encore écrit avec des ouvrages particuliers. Mais peut être avec leurs échos. L’effet qu’ils ont produit en moi quand je les lisais. J’écris cependant en écoutant de  la musique (Salif Keita, Faso Komba, Alif Naaba, le roudga « violon mossi», la musique bissa, Toumani Diabaté…)
J’écris dans ma maison ou au café ou devant ma cour ou au grin (Ndlr : lieu de retrouvailles d’amis) de thé ou de cartes…je n’ai pas un bureau ou j’écris. Pas encore.

L’Obs : Comment naît un livre  chez vous ?  Quelle est l’étincelle déclencheuse ?

Aristide Tarnagda : Il y a le moment où une idée, une phrase, un personnage, des personnages, une histoire, un visage, une situation, m’envahissent, me séduisent, m’interpellent, me draguent, puis finissent par s’implanter et se fixer en moi.  Prendre vie. Forme. Visage. Couleur. Odeur. Puis ça commence à grossir. Je suis comme possédé. Et ça grossit, ça grossit et ça grossit. Et à un moment, il faut que ça sorte, que je me libère, que j’accouche. Alors je  prends mon ordi et je me mets à expulser cette histoire, ces mots, ces personnages, ces obsessions qui m’ont envahi …


L’Obs : Racontez –nous la naissance de votre dernier livre.

Aristide Tarnagda : J’ai écrit Et si je les tuais tous madame ? en rencontrant et en cheminant avec Lamine Diarra (Ndlr : un comédien malien qui vit en France). Je voulais d’abord lui écrire une pièce pour qu’il joue puisse qu’il est comédien.  Et donc des questions naissent : quoi écrire ? D’où ? Et je me suis ouvert à tous les possibles. Me laisser envahir, posséder par une histoire, des personnages, une parole à partager car  le théâtre  est  avant tout une histoire de partage. Et l’idée d'écrire le pendant de Les Larmes du ciel d’août est née en moi. Lamine serait donc l’homme parti et qui a promis à sa copine de revenir avec beaucoup de rêves pour améliorer leur vie….

L’Obs : Combien de temps dure l’écriture d’un livre ?

Aristide Tarnagda : Comme je l’ai dit plus haut,  il y a deux périodes dans mon acte d’écrire:  il y a le moment de copulation avec les idées, les histoires et les personnages. Cela peut durer  une année, deux mois, ou quelques semaines. C’est selon.  Et il y a l’accouchement de la matière transformée, teinte, peinte, et rêvée. Cela dure en général un mois maximum. Puis il y a les soins qui suivent : il faut élaguer, nettoyer…cela dure plusieurs mois…le temps des retours des amis et de la disponibilité pour le nouveau-né…

L’Obs : Quel livre êtes-vous en train de lire en ce moment ?

Aristide Tarnagda : Je suis en train de lire Baabou roi de Wole Soyinka après M’appelle Mohamed Ali de Dieudonné Niangouna…
L’Obs : Sur une ile  déserte, quels sont les trois livres que vous mettrez dans vos bagages ?
Aristide Tarnagda : J’emporterai avec moi Poésie,  art de l’insurrection de Lawrence Ferlinghetti ; Village fou de Koffi Kwahulé et Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès



Pièces  publiées de l’auteur
Il pleut de l’exil et les larmes du ciel d’août/ écriture d’Afrique/Culturesfrance/2007/théâtre
De l’amour au cimetière/ collection Récréatrales/ les découvertes du Burkina/ 2008/théâtre
Alors, tue-moi et les larmes du ciel d’août/ collection Récréatrales/ les découvertes du Burkina/2010/théâtre
Et si je les tuais tous Madame et les larmes du ciel d’août/ Lansman édition/2014/théâtre

jeudi 31 juillet 2014

Angèle Bassolé : « J’écris pour rester VIVANTE! »





Angèle Bassolé est poétesse et éditrice. Elle vit et enseigne à Ottawa. Riche de sa triple culture, burkinabè, ivoirienne et canadienne, elle élabore une œuvre enracinée en l’Afrique et ouverte sur le monde. De sa cabane au Canada, cette Amazone  de la plume nous parle de sa fabrique de poésie.

L’Observateur Paalga (l’Obs) : Y a-t-il un endroit et des moments précis où vous écrivez ?
Angèle Bassolé : Non, pas d’endroit précis; mais des moments, oui.  J’écris toujours la nuit. Il y a 30 ans (eh oui, car j’écris depuis que j’ai 11 ans même si je ne publiais pas encore et mon premier poème a été publié quand j’avais 16 ans à Paris par Jeune Afrique. Je militais avec mon frère aîné Benjamin dans la section ivoirienne de l’association pour la libération de Nelson Mandela et c’est lui qui a envoyé le poème au siège de cette association à Paris),
( l’Obs) : Ecrivez-vous sur des carnets ou avec un ordinateur?
Angèle Bassolé : J’écrivais au carnet. J’avais donc plein de cahiers de poèmes mais je les déchirais ensuite. Quand Pacéré a su cela, il m’a demandé une fois de lui montrer mes cahiers et il les a bloqués pour m’empêcher de les déchirer et m’a confié avoir fait de même dans sa jeunesse et amèrement regretté ensuite.  À l’époque, je n’avais jamais réussi à le convaincre  que je ne les déchirais plus.  Puis lorsque j’ai commencé à écrire pleinement en publiant mon premier livre Burkina blues, j’écrivais au carnet et je tapais ensuite. Mais maintenant, j’écris directement et l’écran d’ordinateur m’inspire à présent bien plus que le carnet.
( l’Obs) : De quels ouvrages vous vous munissez pour écrire ?
Angèle Bassolé :  Je ne me munis d’aucun livre pour écrire mais je vérifie par la suite certains détails comme lorsque je mentionne des faits historiques pour l’acuité des dates, etc.
L’Obs : Comment naît un livre chez vous ?  Quelle est l’étincelle déclencheuse ?
Angèle Bassolé : Je porte mes livres comme on porterait une grossesse. Et avoir eu la magnifique grâce d’être mère m’a fait mesurer la ressemblance frappante entre ces deux expériences uniques.
Je les écris donc d’abord dans ma tête, dans mon corps, dans mon esprit, dans mon âme; ça peut durer une, deux années et même plus ; je vis avec ça longtemps, puis lorsque je me sens prête, je me mets devant mon ordinateur et j’écris comme si on me le dictait.
Tout peut déclencher l’idée d’un livre. Mon second recueil Avec tes mots (Prix Trillium de Poésie 2004 de l’Ontario) en hommage à Norbert Zongo et à la liberté d’expression, je l’ai écrit depuis le drame de Sapouy en 1998 mais ne l’ai publié qu’en 2003. 
( l’Obs) : Racontez –nous la naissance de votre dernier livre.
Angèle Bassolé : Mon dernier recueil, Cantate pour un Soleil libre, j’ai commencé à l’écrire en octobre 2009 ; je l’ai achevé en 2011 mais je l’ai gardé car Yennenga, le dernier de la trilogie Sahéliennes/Les Porteuses d’Afrique devait sortir au même moment mais mon état de santé a retardé les corrections que je devais faire depuis Ouaga ainsi que l’envoi avec les problèmes de connexion que vous savez.
Yennenga a donc été finalement publié en 2012 et comme je n’aime pas aligner sur le marché tous mes livres en même temps, j’ai attendu jusqu'à maintenant pour Cantate, sorti en janvier 2014.
L’Obs : Comment de temps dure l’écriture d’un livre ?
Angèle Bassolé : Je ne compte pas vraiment car pour la fiction, je n’écris jamais dans l’urgence comme dans le cas des écrits académiques ou des chroniques journalistiques.  Je n’ai aucun deadline dans ce cas-là et je me donne donc tout le temps voulu. J’aime aussi laisser le livre déjà sur le marché faire son chemin en ne publiant pas le prochain aussitôt, même si j’écris toujours.
Écrire m’est vital. J’en ai besoin. C’est ma vie. Koom la Viim. Gulsgo mê yaa mam Viim. J’écris pour rester VIVANTE!
L’Obs : Quel est le dernier livre que vous avez lu ou êtes en train de lire ?
Angèle Bassolé : Mon dernier livre lu est <> de Saïdou Zemben’dé Ouédraogo dit Papa Z. Celui que je suis en train de lire est la bande dessinée << Aya de Yopougon 1 >> de l’Ivoirienne Marguerite Abouet et de Clément Oubrerie.
L’Obs : Si vous devriez vous retrouver dans une île, quels sont les trois livres que vous emporterez ?
Angèle Bassolé : Ma Bible, mon Bréviaire et <> (Histoire d’une âme) de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face dont je préfère la version anglaise dans laquelle je l’ai lue la première fois.

Saidou Alceny BARRY



Œuvres publiées d’Angèle  Bassolé
A.    POESIE
Burkina blues, Québec, Humanitas, 2000, 78 p.

Avec tes mots, Ouagadougou-Ottawa, Sankofa-Malaïka, 2003, 105 p.
                                     
Sahéliennes, Ottawa, L’Interligne, 2006, 80 p.
                                     
Mulheres do Sahel,  traduction portugaise des Sahéliennes, Lisbonne, Europress, 2007, 72 p.

Les Porteuses d’Afrique, Ottawa, L’Interligne, 2007, 66 p.
                                     
Yennenga, Ottawa. L’Interligne, 2012,  64p.

Cantate pour un Soleil libre, Ottawa,L’Interligne, 2014,120  p.

B) Anthologies
                                                                  
<< A wonderful World>>in Letters from the Soul, New York, 2002, ISBN 0-7951-5160-8
                                                                            
<< The Border>> in Theatre of the Mind, London, Noble House, Summer 2003.

Pas d’Ici, Pas d’ailleurs : Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, Paris, 2012, Voix d’Encre, 336 p.

Writers from Ottawa, General Books  LLC, 2013, 68 p.

A celle qui ne mourra jamais, Renaissance africaine, Anthologie de poésie, Dakar, Feu de brousse, 2010
                                     
Je t’aime Haïti,Ottawa, Vermillon, 2010, 256 p.

C) Chapitres de livres
«Les amazones de la paix» dans Femmes africaines en poésie (sous la direction d’Irène Assiba d’Almeida), Bremen, Palabres, 2002, pp. 127-134.                         
«Elle se souviennent, nous nous souvenons : la mémoire en exil» dans La parole mémorielle des femmes (sous la direction de Lucie Hotte et de Linda Cardinal), Montréal, les éditions du remue-ménage, 2002, pp.13-15 (texte d’ouverture : témoignage).
Les Porteuses exilées, Femmes et exils (sous la direction de Dominique Bourque et Nellie Hogikyan), Presses universitaires de Laval, Québec 2011.


Adama Sallé. Disparition d’une étoile du cinéma burkinabè





Il avait 33 ans. Comme Alexandre le Grand. Mais il ne laisse pas derrière lui un vaste empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Il commençait à se faire  un nom dans le monde du cinéma africain. Il laisse quelques films dont deux courts métrages  vus dans les festivals des trois continents et qui ont raflés beaucoup de prix : l’Or Blanc(2010) et Tao Tao (2013).

Adama Sallé était  Adama le Grand  à sa manière parce que des jeunes cinéastes burkinabè, il était le plus doué. Aussi sans craindre de tomber dans le dithyrambe et le mensonge qui sont les deux pieds sur lesquels avance la plupart des hommages posthumes, aurions-nous pu titrer cet article  La mort du jeune cinéma burkinabè tant ce jeune cinéaste représentait les espoirs du nouveau cinéma du pays. Il était l’Atlas qui portait sur ces épaules la possibilité d’un nouveau cinéma au Faso !

Nous l’avions découvert pendant la semaine de la critique organisée par l’association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B). Pendant cette Nuit du court, on projetait des courts métrages jusqu’au petit matin. 

Parmi la flopée de films projetés cette nuit-là, un seul justifiait que l’on se soit privé de sommeil : l’Or Blanc de Adama Sallé. Une pépite au milieu des alluvions qui roulaient dans le ruisseau du cinéma burkinabè. Ce fut son premier film, un film d’école mais déjà une œuvre de maître. L’Or Blanc avait décroché le prix des écoles africaines de cinéma au Fespaco 2011. Séduit par la composition de l’image, l’art du montage, nous avions fait un papier élogieux qui s’attachait à l’analyse des plans. 

Nous écrivions dans cet article: « Ce premier film d’Adama Sallé est à saluer par la richesse de son langage cinématographique, par l’utilisation judicieuse de toutes les ressources de l’image à travers des plans variés, des mouvements de caméra, des compositions sémiotisantes et une maîtrise de la lumière digne d’un peintre. Avec ce jeune réalisateur, il y a des espoirs légitimes pour le renouvellement créatif de notre cinéma ! »

Cette aube-là, en sortant de la salle de projection du Cenasa (Centre national des arts du spectacle et de l’audio-visuel), les yeux en feu et recru de fatigue, nous étions heureux en regardant le jour vaincre les ténèbres de la nuit. Pendant que nous regardions les étoiles s’éteindre dans le ciel, dans le cinéma burkinabè  naissait une autre. 

Adama Sallé apportait de  l’éclat à un cinéma burkinabè devenu terne. C’était un artiste. Car il savait parler de la douleur sans maniérisme, de la tragédie sans cris, en la lovant dans le silence et dans le regard. Il savait susciter de la beauté comme si enfant il avait assis la beauté sur ses genoux.

Dans toute démarche de création artistique, il y a l’ars et la technè, le talent et le savoir-faire et plus le talent l’emporte sur le savoir-faire et plus on a  à faire à un défricheur de nouveaux territoires. D’un côté il y a le génial Mozart, de l’autre le besogneux Salieri ! 

Au cinéma aussi, il y a les Salieri qui font des films comme des joueurs de scrabble  assemblent des lettres en vue d’écrire un mot long et qui existent dans le dico. Et il y a les Mozart qui traitent  les images comme un mauvais scrabbleur alignerait des lettres, à la diable, sans souci du sens mais intéressés d’abord par l’originalité, la surprise, la poésie qui surgit de ces rencontres improbables. Adama Sallé était plus Mozart que Salieri, plus du côté du sensible que du sens.  Aussi sous le sens de l’Or Blanc, il y avait la percolation du sensible, du fluide poétique.

Après la mort du jeune cinéaste, nous avons revu son premier film. Et il y a un paradoxe dans la disparition d’un créateur. En effet, quand la mort couvre de son ombre un créateur, elle découvre un peu plus son œuvre et l’éclaire d’une lumière plus crue qui la révèle dans ses aspects les plus cachés. De sorte que de l’œuvre on perçoit l’essence comme si les aspects volatils se sont évaporés et les corpuscules flottants  se sont déposés au fond. Ainsi en va-t-il de l’Or Blanc désormais ! Ce qui autorise des lectures moins attendues. 

Ainsi cette histoire d’une quête inaboutie prend une dimension eschatologique. Cet homme qui gravit la montagne pour passer de l’autre côté, et meurt en chemin, juste au moment où il touchait au but, n’est-ce pas le réalisateur lui-même qui s’effondre au moment où il est sur le point de finir son premier long métrage ? Ce long métrage qui s’intitule Qui parle de vaincre ? est inspiré d’un vers du poète Rainer Maria Rilke extrait des Notes sur la mélodie des choses : « Qui parle de vaincre ? Ce qui compte, c’est survivre ». 

Adama Sallé est né en 1981 dans une famille d’agriculteurs dans un petit village du Burkina, sans une cuillère d’argent dans la bouche. Venu au cinéma au moment où faire du cinéma en Afrique s’apparente à gravir l’Everest sans sherpa et sans cordée, il était à force de travail et d’audace à deux doigts du toit du monde du cinéma: terminer son premier long métrage et entrer dans la cour des grands du septième art.

Le 21 juillet 2014 la mort l’a vaincu  mais son triomphe est modeste car les images d’Adama Sallé lui survivront…« Qui parle de vaincre ? Ce qui compte, c’est survivre », notait Rilke.